ARGUS — Glossaire explicatif
Ce glossaire explique le sens que le protocole ARGUS donne à ses termes. Chaque notice sépare ce que le mot veut dire en français ordinaire, ou dans la discipline dont il vient, et ce qu’il veut dire dans ARGUS — les deux ne coïncident presque jamais tout à fait, et c’est cet écart qui fait la difficulté du protocole pour un nouveau lecteur.
Une notice se lit ainsi : le sens courant ou le sens établi d’abord, l’emploi ARGUS ensuite, puis les confusions à éviter et les termes voisins. Les notes d’origine, quand elles figurent, sont documentaires : elles éclairent la provenance d’un terme, elles ne fixent pas son sens. Le sens des termes ARGUS est fixé par le protocole seul, à l’endroit où il les définit.
99 termes
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abouti, partiel, infructueux
Sens commun abouti, qui a atteint son terme ; partiel, qui ne porte que sur une partie ; infructueux, qui n’a rien produit.
Dans ARGUS abouti, partiel et infructueux sont les trois statuts possibles d’un contrôle. Abouti : le contrôle établit ce qui était recherché et satisfait la condition de comptabilisation. Partiel : il établit une partie seulement, la part établie et la part non établie devant être nommées. Infructueux : il a été conduit sans permettre d’établir aucun des éléments recherchés. C’est le résultat, non la simple production d’une source, qui décide du statut. Toute analyse déclare trois nombres distincts et précise sur quels éléments chacun porte ; si le nombre de contrôles aboutis est zéro, elle le déclare et le justifie. Ces compteurs sont une trace d’exécution interne, non une métrique destinée à comparer mécaniquement deux analyses indépendantes.
À ne pas confondre un contrôle infructueux n’entre pas dans le nombre de contrôles aboutis. Une source disponible mais impropre à établir ce qui était cherché ne rend pas le contrôle partiel ou abouti.
Voir aussi contrôle · mode d’accès · vérification externe
absence à résultat indéterminé
Sens commun expression descriptive possible : l’absence concerne ici un élément dont le résultat demeure inconnu. ARGUS en fait une propriété supplémentaire d’une absence déjà qualifiée.
Dans ARGUS une absence à résultat indéterminé est le cas où une preuve nécessaire à une proposition centrale manque, mais où son résultat pourrait aussi bien confirmer qu’infirmer la thèse. L’analyste conserve la qualification obtenue à la première porte et lui ajoute la mention « résultat indéterminé ». Cette propriété interdit l’ouverture de la seconde porte : tant que le résultat possible de la preuve manquante est indéterminé, l’analyste ne peut pas démontrer que son intégration contredirait la conclusion ou imposerait une refonte majeure du mécanisme causal.
À ne pas confondre
résultat indéterminé n’est pas une nouvelle
qualification remplaçant omission stratégique,
simple point de faiblesse, absence non
imputable ou une indétermination de première porte. C’est une
propriété additionnelle qui se greffe à la qualification déjà
obtenue. Elle interdit uniquement de conclure au caractère
structurant de l’absence.
Voir aussi omission structurante · omission stratégique · première porte, seconde porte · preuve manquante · proposition centrale
absence non imputable
Sens commun composition juridique ou argumentative transparente : non imputable signifie qu’on ne peut attribuer la responsabilité de l’absence à l’agent considéré. ARGUS en fait une sortie précisément bornée du test des absences.
Dans ARGUS une absence est non imputable lorsque l’information manquante n’était pas disponible à la date de publication du texte, notamment parce qu’elle n’a été publiée qu’ensuite. Ce n’est pas un défaut : elle ne remonte pas en 7.a. Elle est néanmoins signalée en une ligne parce qu’elle borne ce que l’analyse peut établir, sans transformer une information ultérieure en exigence rétroactive adressée au texte.
À ne pas confondre un élément ultérieur peut éclairer l’analyse, mais il ne rend pas rétroactivement l’information accessible et ne peut donc fonder une omission stratégique. Il peut, dans certains cas, aider à qualifier la modalité d’une affirmation ; ce défaut de modalité est distinct du défaut d’omission et ne doit pas être compté avec lui.
Voir aussi omission stratégique · objet de l’accessibilité · modalité · date de publication · 7.a
ancrage
Origine le sens psychologique
moderne renvoie à l’heuristique d’anchoring and
adjustment décrite par Amos Tversky et Daniel Kahneman dans «
Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases » (1974). L’effet
d’ancrage désigne l’influence persistante d’une valeur ou
information initiale sur un jugement ultérieur.
Sens établi le biais d’ancrage est la tendance d’un jugement à rester influencé par une information, une valeur ou un point de départ antérieur, même lorsque cette influence n’est pas justifiée par l’objet évalué.
Dans ARGUS l’ancrage désigne le risque qu’un jugement analytique soit influencé par ce qui a été vu ou évalué auparavant plutôt que par le texte examiné seul. L’étape 8 demande à l’analyste de signaler un risque d’ancrage lorsqu’une analyse s’inscrit dans une série. Pour les corpus, C.3 distingue deux risques à contrôler et déclarer séparément : l’ancrage de séquence, lorsque les textes traités plus tard reçoivent systématiquement des jugements plus sévères ou plus favorables sans justification interne propre ; et l’ancrage de chronologie, lorsque l’analyste impute à un texte antérieur ce que des textes postérieurs ont rendu visible, notamment lorsque l’ordre d’analyse n’est pas l’ordre de publication.
À ne pas confondre constater qu’une analyse vient après une autre ne suffit pas à établir un biais d’ancrage. ARGUS demande de rechercher une dérive de jugement sans justification interne et de la signaler comme risque de biais de série. L’ancrage ne se confond pas non plus avec le conformisme de série, qui consiste à aligner son jugement sur des analyses précédentes plutôt qu’à subir plus largement l’effet d’un point de départ ou d’un ordre de traitement.
Voir aussi biais de série · conformisme de série · contrôle de cohérence inter-textes · corpus · relecture à l’aveugle
arrêt obligatoire
Sens commun un arrêt est une interruption ou une cessation ; obligatoire signifie imposé par une règle ou une circonstance. L’expression désigne donc, hors d’ARGUS, un arrêt qui doit avoir lieu.
Dans ARGUS l’arrêt obligatoire est le point où ARGUS interrompt la procédure avant l’analyse complète lorsque la pertinence n’est pas clairement forte, afin de fixer explicitement le périmètre. Il intervient après l’évaluation de pertinence lorsque celle-ci est partielle, faible ou ambiguë, par degré comme par composition ; aucune autre étape n’est entamée. L’arrêt n’est pas une demande d’autorisation : il soumet une proposition que l’utilisateur peut corriger et contient trois éléments, et trois seulement — la qualification de pertinence avec sa raison en une ligne, le périmètre projeté, et le régime sous lequel les sections exclues seraient examinées. L’arrêt rappelle en outre à l’utilisateur qu’il dispose de trois issues — valider, corriger le périmètre ou renoncer à l’analyse — et qu’un périmètre restreint peut rendre certains constats inaccessibles, son élargissement restant possible ; ces rappels ne constituent pas des éléments supplémentaires de la proposition.
À ne pas confondre l’arrêt n’est pas un refus d’analyser. Un texte de pertinence faible peut être analysé à la demande expresse de l’utilisateur, avec la mention exigée en tête ; cette dérogation n’est pas une quatrième issue de l’arrêt. L’arrêt ne porte que sur le périmètre : solliciter autre chose que sa validation — par exemple la sévérité des constats ou ce que l’utilisateur souhaite trouver — constitue un manquement.
Voir aussi pertinence · dispense · périmètre · régime des sections exclues
assertorique
Origine adaptation française de l’allemand assertorisch, mot forgé par Kant pour sa classification modale des jugements ; il distingue les jugements problématiques, assertoriques et apodictiques.
Sens établi en philosophie kantienne, un jugement assertorique énonce une vérité de fait sans la poser comme nécessaire ; il occupe le degré médian de la triade.
Dans ARGUS une proposition assertorique est une proposition que l’auteur pose comme un fait ; c’est le degré maximal d’engagement. L’échelle ARGUS compte quatre degrés — assertorique, probable, hypothétique, suspendu — et sert à dresser la carte modale des propositions portantes à l’étape 2, puis à conduire le contrôle de constance modale à l’étape 6.
À ne pas confondre ARGUS n’emploie ni apodictique ni problématique. Surtout, assertorique est chez Kant un degré médian parce que l’échelle classe le statut logique d’une vérité ; il est chez ARGUS le degré le plus élevé parce que l’échelle mesure l’engagement de l’auteur envers sa proposition. Les deux échelles ne mesurent pas la même chose.
Voir aussi degré d’engagement · polarité · carte modale · constance modale · probable, hypothétique, suspendu
asymétrie
Sens établi une asymétrie est une absence de symétrie ou de correspondance entre deux éléments, structures ou relations comparables ; par extension, le mot désigne une différence non réciproque de position, de propriété ou de traitement.
Dans ARGUS une asymétrie est une différence de traitement entre acteurs, sources, positions ou exigences de preuve qui devient un défaut lorsqu’elle n’est pas explicitement et valablement justifiée. En 3.H, ARGUS teste notamment si un défaut reproché à un camp est aussi recherché chez l’énonciateur ou ses propres autorités ; en 3.J, il demande si les acteurs sont décrits selon des standards systématiquement différents. Une asymétrie non justifiée peut être qualifiée de contradiction performative, de privilège épistémique indu ou d’aveuglement réflexif.
À ne pas confondre toute différence n’est pas une asymétrie fautive. Deux acteurs peuvent être traités différemment si cette différence est explicitement et valablement justifiée. Dans la lecture par les intérêts, une justification de principe tirée du cadre théorique du texte ne suffit pas si ce cadre n’est appliqué qu’à un camp. Inversement, une asymétrie établie n’entraîne pas à elle seule un diagnostic de propagande : le protocole exige, pour atteindre le niveau 3, des mécanismes convergents qui protègent la conclusion contre la contradiction.
Voir aussi symétrie épistémique · traitement des acteurs · contradiction performative · fermeture interprétative
audit des sources
Sens commun un audit est un examen méthodique d’une activité, d’une organisation, de comptes ou d’un dispositif afin d’en apprécier la régularité, la qualité, le fonctionnement ou la conformité. Audit des sources est une composition transparente : examen méthodique des sources.
Dans ARGUS l’audit des sources décrit qui sont les sources citées ou mentionnées par le texte et quels intérêts ou positions peuvent peser sur ce qu’elles disent ; il ne les certifie pas. En 0.d, une fiche est établie pour chaque source, en liste à puces et non en tableau, avec nom, fonction, institution d’appartenance, pays, position déclarée sur le sujet et éventuels financements ou liens avec des parties prenantes. Si l’information n’est pas disponible dans le texte, une vérification externe limitée est autorisée avec citation et notification explicite ; elle devient obligatoire lorsqu’un élément est décisif et qu’un contrôle simple permet de l’établir. L’opération se termine par quatre axes de contrôle : diversité des sources ; présence ou absence de sources contraires et signalement de cette limite ; qualification suffisante des sources pour que le lecteur puisse évaluer leur fiabilité, biographie, intérêts et biais compris ; risque de généralisation depuis un échantillon restreint ou partisan.
À ne pas confondre l’audit des sources ne classe pas les sources en « fiables » et « douteuses ». Il expose les éléments de position susceptibles d’influer sur leur contribution et laisse la conséquence à l’analyse. Il porte sur les sources du texte, non sur celles de l’analyse.
Voir aussi source primaire · vérification externe · circularité informationnelle
autodéfense intellectuelle
Origine l’expression anglaise intellectual self-defense est explicitement employée par Noam Chomsky au moins dès 1990 à propos de l’éducation critique aux médias et à l’endoctrinement. Dans l’espace francophone, Normand Baillargeon contribue fortement à sa diffusion avec Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux, 2005. ARGUS reprend explicitement cette filiation.
Sens établi l’autodéfense intellectuelle est une métaphore pédagogique employée notamment par Noam Chomsky puis diffusée en français par Normand Baillargeon pour désigner l’acquisition d’outils de pensée critique permettant d’examiner arguments, sources, chiffres et procédés de persuasion. Elle ne correspond pas à une méthode scientifique unique ou à une discipline dotée d’une définition normalisée.
Dans ARGUS l’autodéfense intellectuelle désigne une filiation intellectuelle dans laquelle ARGUS inscrit une partie de sa fonction d’apprentissage. Le protocole ne transforme pas cette expression en étape ou en test autonome : il la cite pour situer historiquement son projet parmi des traditions critiques antérieures, puis précise les dispositifs qu’ARGUS ajoute à ces traditions — notamment la norme de preuve indexée sur le genre, la séparation entre degré de fermeture et descripteurs, la distinction du contradictoire, la rubrique obligatoire des qualités et l’auto-critique de l’étape 8.
À ne pas confondre l’autodéfense intellectuelle n’est pas le nom générique d’une analyse ARGUS ni une qualification attribuée au texte examiné. C’est une filiation du protocole et une finalité d’apprentissage : accroître l’autonomie du lecteur.
Voir aussi zététique · fonction d’apprentissage · étape 8 · norme de preuve · filiation et apport propre
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circularité de second ordre
Sens commun circularité et second ordre appartiennent à plusieurs traditions théoriques, notamment autour de l’autoréférence et de la cybernétique de second ordre. La notion exacte de circularité d’un corpus qui se confirme lui-même est propre à l’annexe 3 d’ARGUS.
Dans ARGUS la circularité de second ordre est le risque qu’une synthèse tirée d’un corpus hérite des limites de représentativité de la sélection de départ. Avant toute synthèse thématique, ARGUS demande si le corpus représente le phénomène qu’on lui fait dire ou seulement un point de vue éditorial particulier sur ce phénomène, et si un corpus alternatif construit selon un autre critère ou une autre ligne éditoriale permettrait de produire une synthèse substantiellement différente à partir de faits comparables. Le test demande aussi si la synthèse tire de la combinaison des textes une conclusion logiquement permise par eux — agrégation légitime — ou si elle ajoute un cadre interprétatif extérieur au corpus ; ces deux registres doivent ensuite être séparés structurellement dans la restitution.
À ne pas confondre la circularité de second ordre n’est pas la circularité informationnelle interne à un texte. Elle se situe au niveau du corpus et de sa synthèse : même des analyses individuelles correctement conduites peuvent produire une synthèse dont la portée est limitée par une sélection homogène ou non représentative.
Voir aussi circularité informationnelle · représentativité · corpus · synthèse transversale
circularité informationnelle
Sens établi la locution circularité informationnelle n’a pas, hors d’ARGUS, de définition technique univoque comparable à celle du raisonnement circulaire. En logique et en théorie de l’argumentation, un raisonnement est circulaire lorsque ce qui doit être établi réapparaît parmi ses propres soutiens, directement ou par une chaîne de propositions qui ne fournit pas d’appui indépendant.
Dans ARGUS il y a circularité informationnelle lorsque les sources qui étayent la thèse centrale appartiennent au même camp ou au même écosystème idéologique, sans contradictoire réellement indépendant. Le test 3.I pose trois questions : les sources qui soutiennent la thèse centrale appartiennent-elles au même camp ou au même écosystème idéologique ? Existe-t-il des sources susceptibles de la contredire et, si oui, sont-elles citées, résumées ou réfutées ? Le texte présente-t-il l’absence de contradiction comme une preuve de validité ? Le protocole qualifie cette dernière opération de sophisme : l’absence de contradictoire dans un échantillon choisi ne prouve rien.
À ne pas confondre un raisonnement peut être formellement valide et sa base documentaire circulaire. Le test 3.I ne juge pas la validité logique, qui relève de 3.A. Un même corpus homogène peut se manifester à la fois comme circularité informationnelle et dans le test des absences ; il doit alors être signalé comme une cause unique à deux manifestations, non comme deux défauts indépendants.
Voir aussi circularité de second ordre · audit des sources · test des absences
clôture interprétative
Sens commun locution attestée notamment en philosophie et théorie de l’interprétation pour désigner une fermeture du champ interprétatif. ARGUS en spécialise le sens : impression de complexité sans ouverture réelle de la conclusion.
Dans ARGUS la clôture interprétative est l’effet par lequel un texte donne au lecteur le sentiment d’avoir traversé la complexité alors que les éléments introduits ne menacent jamais réellement la conclusion. En 3.K, le contrôle demande explicitement si la complexité présentée ouvre des issues interprétatives ou si elle est organisée de manière à reconduire toujours la même conclusion. Dans un texte composite, ce test porte sur le périmètre argumentatif déclaré en 0.a bis, et non sur les sections techniques ou didactiques ; une difficulté technique réelle qui ne sert aucune conclusion n’est pas une clôture interprétative.
À ne pas confondre clôture ne signifie pas simplicité, dogmatisme verbal ou absence de nuances. Un texte très complexe, abondamment sourcé et apparemment pluraliste peut produire une clôture si toutes les voies introduites reconduisent la même conclusion sans lui permettre d’être réellement mise en danger.
Voir aussi contradictoire effectif · contradictoire formel · nuance verrouillée · rigueur déplacée · degré de fermeture interprétative
concession
Sens commun ce qu’on accorde à un adversaire dans une discussion.
Dans ARGUS une concession désigne d’abord un emplacement du texte où un faible degré d’engagement peut apparaître ; elle est ensuite dite ouvrante ou immunisante selon l’effet qu’elle produit. À l’étape 2, la concession est un emplacement, aux côtés de l’ouverture, du corps et de la réserve finale, non un degré d’engagement. En 3.K, elle est ouvrante lorsqu’elle rend possible une conclusion différente ou plus incertaine ; elle est immunisante lorsqu’elle donne une apparence d’équilibre tout en protégeant la conclusion centrale contre la critique.
À ne pas confondre la présence
d’une concession ne prouve pas l’équilibre du texte. Une concession
qui constitue le pôle rétracté d’une rétractation modale avérée
relève de l’interdiction de crédit en 7.b définie à pôle fort,
pôle rétracté.
Voir aussi contradictoire effectif · nuance verrouillée · constance modale · pôle rétracté
concession ouvrante, concession immunisante
Sens commun concession est une notion rhétorique établie. Les adjectifs ouvrante et immunisante décrivent ici deux fonctions opposées ; cette typologie fonctionnelle est propre à ARGUS.
Dans ARGUS une concession ouvrante introduit une limite, une objection ou une incertitude de manière telle qu’une conclusion différente, plus étroite ou plus incertaine devient réellement possible. Une concession immunisante produit au contraire une apparence d’équilibre tout en protégeant la conclusion centrale contre la critique. Le protocole ne qualifie donc pas la concession selon sa présence formelle, mais selon son effet sur l’espace des conclusions encore accessibles au lecteur.
À ne pas confondre une
concession n’est pas ouvrante parce qu’elle est longue, explicite ou
placée dans une section dédiée. Et une concession immunisante n’est
pas nécessairement fausse : son caractère immunisant tient à la
fonction qu’elle remplit dans l’argumentation. Une concession qui
constitue le pôle rétracté d’une rétractation modale avérée,
exclusions de l’étape 6 écartées, relève de la règle canonique
exposée à pôle fort, pôle rétracté : l’interdiction de
crédit en 7.b couvre les trois voies — contradictoire effectif,
concession ouvrante et point de rigueur — et le contrôle de
cohérence de l’étape 8 en vérifie le respect.
Voir aussi contradictoire effectif · contradictoire formel · rétractation modale directionnelle · pôle rétracté · 7.b · règle 16
conformisme de série
Sens commun composition transparente : conformisme signifie tendance à se conformer ; de série rattache cette tendance à une succession d’objets. ARGUS en fait un biais réflexif précisément contrôlé.
Dans ARGUS le conformisme de série est le risque qu’une analyse suivant d’autres analyses aligne son jugement sur les précédentes plutôt que sur le texte qu’elle examine. À l’étape 8, l’analyste doit répondre si un tel alignement s’est produit et, si oui, nommer le point précis ; sinon, il déclare explicitement qu’aucun cas n’a été identifié.
À ne pas confondre le conformisme de série n’est pas identique à l’ancrage. L’ancrage couvre plus largement l’influence d’un ordre de traitement ou d’informations antérieures ; le conformisme de série vise spécifiquement l’alignement d’un jugement sur les analyses précédentes.
constance modale
Sens commun les mots sont compréhensibles séparément : constance indique la stabilité, modal renvoie à la modalité. La locution n’a pas dans l’usage courant un sens technique unique correspondant au contrôle ARGUS.
Dans ARGUS la constance modale est le contrôle qui compare, pour une même proposition portante, la force avec laquelle le texte s’y engage à différents endroits lorsque sa polarité et son référent restent constants. À partir de la carte modale dressée à l’étape 2, l’étape 6 ne reprend que les propositions portantes dont le degré d’engagement varie. Le contrôle cherche un affaiblissement directionnel : il ne traite pas un changement de polarité comme une rétractation — celui-ci relève de la contradiction — mais peut en signaler la structure directionnelle ; une prudence restée constante n’est pas un défaut.
À ne pas confondre la constance modale n’exige pas qu’un texte parle partout avec la même intensité. Une variation n’est un défaut que si le test de direction établit une rétractation modale directionnelle et qu’aucune des trois exclusions — modestie constante, révision assumée, partition de portée — ne s’applique. La restitution exige néanmoins une ligne de constance modale pour chaque proposition portante dont le degré varie, avec le verdict ou l’exclusion appliquée et laquelle.
Voir aussi carte modale · degré d’engagement · rétractation modale directionnelle · test de direction · modestie constante · révision assumée · partition de portée
contradictoire effectif, contradictoire formel ou décoratif
Sens commun contradictoire désigne ce qui s’oppose ou organise la contradiction ; effectif, formel, décoratif sont ordinaires. L’opposition fonctionnelle précise entre ces catégories est propre à ARGUS.
Dans ARGUS un contradictoire effectif est une objection, une source adverse ou un élément contraire qui oblige le texte à modifier, limiter ou reconfigurer sa thèse. Un contradictoire formel, aussi appelé décoratif, est bien présent dans le texte mais reste sans effet sur sa trajectoire argumentative : il est absorbé, marginalisé ou rendu inoffensif. La règle 16 interdit de déduire l’équilibre d’un texte de la seule présence d’une nuance, d’une concession ou d’une source adverse ; l’analyste doit examiner l’effet qu’elle produit réellement sur la conclusion.
À ne pas confondre
contradictoire formel ne signifie pas contradictoire inexistant.
L’élément contraire peut être cité avec exactitude et même développé
; il reste formel si le dispositif empêche qu’il produise un effet
sur la thèse. Inversement, un contradictoire effectif n’impose pas
que le texte abandonne sa conclusion : il peut rester effectif si le
texte conserve sa conclusion après l’avoir réellement limitée,
reconfigurée ou rendue plus incertaine. Un contradictoire effectif
qui constitue le pôle rétracté d’une rétractation modale
avérée relève de l’interdiction de crédit en 7.b définie à
pôle fort, pôle rétracté.
Voir aussi concession ouvrante, concession immunisante · nuance verrouillée · clôture interprétative · degré de fermeture interprétative · pôle fort, pôle rétracté · rétractation modale directionnelle · règle 16
contrat de crédibilité
Sens commun locution descriptive transparente mais non lexicalisée dans l’usage courant : un contrat évoque un ensemble d’attentes réciproques et la crédibilité le fait d’être tenu pour digne de foi. ARGUS en fixe un sens technique propre.
Dans ARGUS le contrat de crédibilité est l’ensemble des codes qu’un public donné attend pour tenir un texte pour crédible. Il est formulé en 0.f après l’identification des publics. La qualification du public et de ses codes de crédibilité est à ce stade une hypothèse de travail, non une conclusion ; elle doit être reprise explicitement à l’issue de l’étape 3. Le protocole cite notamment expertise, citations, chiffres, références historiques, modération apparente, ironie, indignation morale, témoignage direct, simplicité, complexité, technicité et neutralité de ton. Le contrat de crédibilité sert ensuite de critère de sélection et d’interprétation : en 3.B, le test de fidélité porte sur les affirmations décisives dont dépend la thèse du texte ou son contrat de crédibilité.
À ne pas confondre il ne mesure pas la crédibilité réelle du texte. Il décrit ce que le public attend, non ce que le texte vaut. Satisfaire ces codes n’est pas une preuve : ARGUS distingue expressément dispositif de crédibilité et étayage.
Voir aussi contrat de lecture · public stratégique · étayage
contrat de lecture
Origine notion développée par le sémioticien Eliseo Verón dans ses travaux du début des années 1980 sur l’énonciation médiatique. Sa référence canonique est l’article de 1985, « L’analyse du “contrat de lecture” : une nouvelle méthode pour les études de positionnement des supports presse », publié par l’IREP. Le contrat de lecture décrit le dispositif énonciatif par lequel un support construit sa propre place, celle de son destinataire et la relation proposée entre les deux.
Sens commun dans la langue courante, contrat évoque un accord entre parties. Contrat de lecture est surtout une locution spécialisée de la sémiotique, des études littéraires et des médias plutôt qu’une expression quotidienne ; son sens ARGUS est distinct de ces emplois établis.
Dans ARGUS le contrat de lecture est l’ensemble des attentes de preuve et de méthode que le genre du texte crée chez son lecteur. Il se déclare en 0.b avec le genre dominant et commande l’ajustement des exigences de preuve : un éditorial et un article scientifique n’installent pas les mêmes attentes. Si le texte prescrit lui-même une norme de rigueur, de sourçage, de méthode ou de transparence, cette norme entre dans son contrat de lecture et lui est appliquée en sus de la norme de genre.
À ne pas confondre ce n’est ni un accord passé entre auteur et lecteur, ni une promesse explicite de l’auteur ; c’est ce que le genre installe, que l’auteur le veuille ou non. En français, l’expression a aussi un emploi littéraire proche de pacte de lecture ; ce n’est pas le sens d’ARGUS.
Voir aussi norme de preuve · contrat de crédibilité · contrat performatif
contrat performatif
Sens commun locution non lexicalisée dans l’usage courant. Contrat évoque un accord ou un ensemble d’attentes ; performatif possède un sens technique propre. ARGUS combine ici les deux dans une catégorie procédurale spécifique.
Dans ARGUS le contrat performatif est la norme que le texte prescrit lui-même et qu’ARGUS lui applique en retour, en plus de la norme attachée à son genre. Il peut s’agir d’une exigence de rigueur, de sourçage, de méthode ou de transparence et se déclare en 0.c à la suite de la norme de preuve. La clause vise notamment manuels, protocoles, chartes déontologiques, guides éditoriaux, articles de méthode et codes de conduite. Un texte qui apprend à son lecteur à exiger des sources est donc examiné aussi sur ce qu’il exige. ARGUS s’y soumet lui-même de manière explicitement bornée : la règle 19 applique à la prose de l’analyse les tests 3.C et 3.G, et le contrôle de cohérence de l’étape 8 vérifie notamment que l’analyse ne se contredit pas dans l’exécution de ses propres exigences.
À ne pas confondre le contrat performatif ne remplace pas la norme de genre ; il s’y ajoute et ne peut que la durcir. Ce n’est pas non plus la contradiction performative, qui est un défaut constaté dans le texte, non une norme déclarée avant l’examen.
Voir aussi norme de preuve · contrat de lecture · performatif
contre-épreuve courte
Sens commun contre-épreuve désigne une épreuve destinée à vérifier ou contredire un premier résultat ; courte en indique l’étendue. Dans ARGUS, la locution nomme le premier niveau du dispositif de contradiction.
Dans ARGUS la contre-épreuve courte consiste à ouvrir une conversation neuve, sans fournir la première analyse, et à demander à la même IA de retraiter uniquement les étapes 1, 3.E, 3.H et 7.a du même texte. L’utilisateur compare ensuite les quatre résultats. Le protocole la recommande par défaut parce qu’elle capte une part importante de la variabilité analytique pour un coût réduit.
À ne pas confondre une contre-épreuve n’est pas une révision de la première analyse. Son indépendance exige que la seconde exécution ne voie pas la première. Si on lui fournit celle-ci, on obtient une révision ou un commentaire, non une contre-épreuve indépendante.
Voir aussi audit croisé · différentiel · arbitrage humain documenté · fiabilité de l’analyse
contre-factuel
Origine calque de l’anglais counterfactual. Le français atteste les deux graphies contrefactuel et contre-factuel ; ARGUS conserve la graphie de son protocole.
Sens établi en philosophie et en linguistique, un contre-factuel, aussi écrit contrefactuel, est un conditionnel portant sur une possibilité hypothétique — par exemple « si A avait été le cas, C aurait été le cas ». Malgré son nom, son antécédent n’est pas nécessairement faux dans tous les usages techniques ; le terme ne se réduit donc pas aux seuls scénarios contraires aux faits effectivement survenus.
Dans ARGUS le contre-factuel est la version hypothétique minimale du texte dans laquelle un défaut identifié est corrigé pour mesurer sa gravité. Dans le test de substitution de 7.a, l’analyste retire une affirmation injustifiée, rétablit une information omise, remplace une affirmation déformée par sa version correcte ou répare un saut logique sans ajouter d’argument étranger au texte, puis demande si la conclusion centrale peut encore tenir avec la même nature de prétention. Pour un défaut quantitatif, si la valeur correcte est établie, la correction minimale est son remplacement ; si elle ne l’est pas, la proposition quantitative est retirée plutôt qu’inventée. Pour une rétractation modale avérée, le forçage porte sur la prétention telle qu’elle est annoncée par le pôle fort, non sur une version charitablement affaiblie de la thèse.
À ne pas confondre le contre-factuel d’ARGUS n’est pas une réécriture libre du texte ni le modèle préféré de l’analyste. Il est strictement borné à la correction minimale du défaut constaté. Ajouter de nouveaux arguments ou fabriquer une valeur plausible fausserait le test de gravité.
Voir aussi test de substitution · rédhibitoire · majeur · mineur · contrôle arithmétique
contrôle
Origine issu de l’ancien français contre-rôle, composé de contre et de rôle, proprement le registre tenu en double pour vérifier un autre registre ; le TLFi rapproche cette formation du latin médiéval contrarotulus. Le mot a ensuite désigné l’opération de vérification, puis la surveillance.
Sens commun vérification, surveillance, examen ; l’activité ou l’autorité qui l’exerce.
Dans ARGUS un contrôle est une question de vérification définie avant d’être menée et comptée comme une seule unité. Il correspond à une proposition vérificative ou à une condition du protocole, formulée au moment où le contrôle est entrepris en 3.B. Les sous-éléments nécessaires pour trancher cette même proposition ne sont pas comptés séparément. Chaque contrôle reçoit un statut — abouti, partiel ou infructueux — et un mode d’accès — source fournie ou recherche externe. Toute analyse déclare trois nombres distincts, un par statut, et justifie le nombre de contrôles aboutis s’il est nul. Le découpage annoncé ne peut pas être modifié après coup pour transformer un contrôle partiel en un contrôle abouti et un contrôle infructueux.
À ne pas confondre un contrôle n’est pas une vérification externe. La vérification externe qualifie le caractère d’une opération ; le contrôle en est l’unité de compte. Une analyse peut avoir conduit plusieurs vérifications externes et n’avoir aucun contrôle abouti à déclarer si aucune n’a établi ce qui était cherché.
Voir aussi abouti, partiel, infructueux · mode d’accès · vérification externe · objet analysé
corrélation
Sens établi une corrélation est une association statistique ou empirique entre deux variables ou phénomènes ; elle n’établit pas, à elle seule, une relation causale.
Dans ARGUS le protocole emploie corrélation dans le test de fidélité à une source primaire. Lorsqu’une source établit seulement une corrélation et que le texte la transforme en affirmation plus générale ou plus certaine, le contrôle peut qualifier cette reprise de renforcée. Le terme conserve donc son sens établi ; son rôle ARGUS est de fournir un exemple de degré ou de portée qu’une source peut perdre lorsqu’elle est reformulée trop fortement.
À ne pas confondre ARGUS ne crée pas ici un test autonome « corrélation contre causalité ». Le point est plus étroit : vérifier si le texte conserve le sens, la portée et le degré de certitude de sa source. Une corrélation correctement présentée comme telle n’est pas un défaut.
Voir aussi source primaire · test de fidélité · renforcé · chaîne causale · solidité empirique
D Haut de page
déférence
Sens établi de langue soutenue, la déférence est le respect marqué témoigné à quelqu’un en considération de son rang ou de son autorité. Dans la littérature de droit public comparé et dans certains systèmes juridiques, la déférence juridictionnelle ou judiciaire désigne le degré de retenue qu’une juridiction adopte lorsqu’elle contrôle l’appréciation d’un autre décideur ou d’une autre instance.
Dans ARGUS la déférence est le
risque que l’analyste exige moins de preuve d’une affirmation parce
que sa source paraît prestigieuse ou autorisée. À l’étape 8, point
(d), l’analyste vérifie si le statut d’une source — institution
reconnue, auteur canonique, revue à comité de lecture, agence de
presse établie — a abaissé son exigence probatoire sur une
affirmation précise et, si oui, laquelle. Si un cas est identifié,
l’affirmation concernée doit être nommée ; si aucun cas n’est
identifié, la mention explicite aucun cas identifié est
recevable.
À ne pas confondre la déférence n’est pas un défaut du texte analysé mais un défaut possible de l’analyse ; elle ne remonte pas en 7.a. Il ne s’agit pas non plus de politesse envers une source : ce qui est en cause est le niveau de preuve effectivement exigé sur une affirmation identifiée.
Voir aussi symétrie de vérification · norme de preuve · étape 8
degré de fermeture interprétative
Sens commun composition descriptive : degré mesure une intensité et fermeture interprétative une fermeture de l’interprétation. L’échelle technique 0–4 et sa définition sont propres à ARGUS.
Dans ARGUS le degré de fermeture interprétative mesure la liberté que le dispositif laisse au lecteur pour examiner la conclusion, lui opposer les éléments présents ou accessibles et la modifier si la contradiction l’exige. C’est ce que mesure l’échelle de 7.c, du niveau 0 au niveau 4. Elle ne mesure ni la respectabilité de l’auteur, ni son statut institutionnel, ni le caractère militant du sujet. Le passage entre niveaux se décide par des seuils fonctionnels et non par addition mécanique de défauts.
À ne pas confondre le degré de fermeture n’est pas un score de qualité générale du texte. Un texte peut être techniquement précis, stylistiquement élaboré ou émaner d’une institution réputée et néanmoins présenter un degré élevé de fermeture ; inversement, une écriture militante ou frontale ne suffit pas à établir un niveau élevé. Les descripteurs de mode rhétorique et d’origine ou fonction sont orthogonaux au niveau.
Voir aussi niveaux 0 à 4 · descripteur orthogonal · mode rhétorique · propagande adaptée · propagande verrouillée
descripteur orthogonal
Sens établi en documentation, un descripteur est un mot ou groupe de mots retenu dans un langage contrôlé pour représenter sans ambiguïté une notion et permettre son indexation. En mathématiques, orthogonal qualifie des directions ou objets dont le produit scalaire est nul ; en statistique, le terme s’emploie notamment pour des contrastes ou composantes non corrélés dans un cadre défini. L’orthogonalité ne constitue pas, en général, un synonyme d’indépendance statistique.
Dans ARGUS un descripteur orthogonal est une information ajoutée au niveau de 7.c mais indépendante de lui : elle le décrit sans pouvoir l’aggraver, le diminuer ni permettre de le déduire. ARGUS en prévoit deux, uniquement s’ils sont établis : le mode rhétorique, frontal ou sophistiqué, et l’origine ou fonction. C’est cette indépendance que le mot orthogonal nomme : descripteur et niveau sont deux axes distincts.
À ne pas confondre un descripteur n’est pas un critère. Un niveau 3 assorti du descripteur sophistiqué n’est pas un niveau 3 aggravé. Orthogonal ne veut pas dire opposé ou contraire, mais sans effet sur la valeur de l’autre axe.
Voir aussi mode rhétorique · degré de fermeture interprétative · niveau de 7.c
différentiel
Sens commun substantivé, le mot désigne un écart chiffré entre deux grandeurs et, en mécanique, l’organe qui répartit le couple entre deux roues.
Dans ARGUS le différentiel est le document écrit produit par l’audit croisé du niveau 2 de la contradiction. La première analyse reçoit la seconde et produit non un commentaire, mais une comparaison structurée : convergences ; divergences avec la position de chaque analyse et la nature du désaccord — fait, qualification, niveau de gravité ou interprétation ; cas où l’une conclut et l’autre déclare l’insuffisance d’éléments ; divergences de couverture ; enfin ce qui permettrait de trancher chaque divergence et à quel coût. L’utilisateur lit alors ce document unique plutôt que deux analyses complètes, ce qui rend le niveau 2 praticable.
À ne pas confondre l’audit croisé est la procédure ; le différentiel en est le produit. Ce n’est ni un commentaire de la seconde analyse par la première, ni un emprunt au sens mécanique du mot.
Voir aussi audit croisé · divergences de couverture · règle d’adjudication
dispense
Sens commun l’autorisation de ne pas faire ce qui est normalement exigé.
Dans ARGUS une dispense ne dispense jamais de l’analyse ; elle dispense seulement de l’arrêt obligatoire, dans deux cas que le protocole distingue strictement. Premier cas : l’utilisateur a déjà fixé le périmètre dans sa demande ; l’analyse le reprend sans nouvelle validation, le déclare en tête et le tient pour validé aux fins de 0.a bis. Second cas : l’utilisateur dispense explicitement de validation sans fixer de périmètre ; l’analyste arrête alors lui-même le périmètre et le déclare en tête. Cette seconde mention indique que la décision de périmètre n’a reçu aucun contrôle extérieur. Les deux formules sont mutuellement exclusives pour une même décision de périmètre. Dans les deux cas, si le périmètre retenu est restreint, l’analyse rappelle qu’il peut rendre certains constats inaccessibles et que son élargissement reste possible.
À ne pas confondre les deux cas ne sont pas interchangeables. Les confondre reviendrait à présenter comme validée une décision qui ne l’a pas été, ou l’inverse.
Voir aussi arrêt obligatoire · périmètre · pertinence
dispositif
Sens commun un dispositif est un agencement de pièces réglé pour produire un effet et, par extension, un ensemble de moyens organisés en vue d’une fin.
Dans ARGUS un dispositif est un ensemble organisé d’éléments dont l’agencement produit un effet identifiable dans le texte. Le mot a quatre emplois. Le dispositif d’ouverture — titre, premières phrases, premier paragraphe, anecdote liminaire, question initiale — n’est jamais neutre : il impose un cadrage, délimite ce qui pourra être pensé ou dit et positionne l’auteur comme autorité ; son examen critique est prioritaire, avant même d’entrer dans l’argumentation, et l’étape 6 y revient après l’analyse. Le dispositif du texte désigne le texte pris comme agencement — cadrage, omissions, présupposés — dans le test de symétrie épistémique de 3.H. Le dispositif de crédibilité, en 3.K, nomme une rigueur concentrée sur le vérifiable et absente du décisif, produisant un effet d’érudition plus large que le sourçage réel. Le dispositif d’auto-légitimation est ce que devient, à l’étape 5, une déclaration d’ouverture que le corps du texte dément.
À ne pas confondre un dispositif n’est pas un procédé. Le protocole français réserve procédé aux moyens persuasifs particuliers examinés en 3.K ; le dispositif est l’agencement qui les tient ensemble. Le dispositif de crédibilité n’est pas un étayage : il est précisément ce qui peut en tenir lieu sans le constituer.
Voir aussi cadrage · contrat de crédibilité · étayage · symétrie épistémique
dispositif d’ouverture
Sens commun locution courante dans des domaines techniques pour un mécanisme permettant une ouverture. Elle peut aussi être employée descriptivement dans l’analyse de textes. ARGUS lui donne un sens discursif précis portant sur le segment d’ouverture d’un texte.
Dans ARGUS le dispositif d’ouverture est l’ensemble formé par le titre, les premières phrases, le premier paragraphe, une anecdote liminaire ou une question initiale, en tant qu’ils imposent un cadrage avant l’entrée dans l’argumentation. ARGUS en fait un objet d’examen prioritaire : l’ouverture délimite ce qui pourra être pensé ou dit, positionne l’auteur comme autorité et peut prédéterminer la trajectoire argumentative.
À ne pas confondre le dispositif d’ouverture n’est pas seulement l’introduction matérielle du texte. Il désigne la fonction de cadrage exercée par cette ouverture. Une première phrase descriptive n’est donc pas automatiquement un dispositif fort ; l’analyste doit examiner ce qu’elle rend pensable, évident ou exclu.
Voir aussi cadrage · présupposé · périmètre du dicible · marqueurs d’autorité · disqualification préventive
disqualification préventive
Sens commun expression descriptive transparente : une disqualification est préventive lorsqu’elle intervient avant que la position adverse soit effectivement examinée. ARGUS en fait une catégorie de l’ouverture.
Dans ARGUS une disqualification préventive est l’opération par laquelle le texte écarte d’avance une position adverse avant qu’elle ne puisse être examinée sur ses meilleurs arguments. À l’étape 1, l’analyste vérifie si la position disqualifiée est effectivement défendue par quelqu’un d’identifiable ou si elle a été reconstruite sous une forme faible ou marginale, ce qui peut conduire à la qualification d’homme de paille.
À ne pas confondre toute critique placée en ouverture n’est pas une disqualification préventive. Il faut qu’elle ferme par avance l’accès à une position adverse ou la dégrade avant son examen. L’intention consciente de l’auteur n’est pas déduite de ce seul constat.
Voir aussi homme de paille · principe de charité · dispositif d’ouverture · intention stratégique
divergences de couverture
Sens commun expression descriptive transparente : des divergences portent sur la couverture lorsque deux traitements ne prennent pas en charge les mêmes objets ou aspects. ARGUS en fait une catégorie précise du différentiel de contradiction.
Dans ARGUS les divergences de couverture sont les constats relevés par une analyse mais non mentionnés par l’autre lors d’un audit croisé. Elles doivent être séparées des divergences de position. Pour chaque constat absent, l’analyse qui ne l’avait pas relevé doit préciser si elle l’écarte après examen, si elle ne l’avait pas examiné, ou si elle estime que le texte ne permet pas de l’établir. Tant que cette réponse n’est pas donnée, un constat non mentionné n’est ni concédé ni contesté.
À ne pas confondre l’absence d’un constat dans une analyse ne constitue pas automatiquement un désaccord. Une divergence de position suppose que les deux analyses se prononcent sur le même point ; une divergence de couverture signale qu’une seule l’a traité.
Voir aussi différentiel · audit croisé · règle d’adjudication · divergence de position
durcissement modal
Sens commun durcissement signifie rendre plus dur ou plus strict ; modal renvoie à la modalité. La combinaison n’a pas de sens courant univoque correspondant au contrôle ARGUS.
Dans ARGUS le durcissement modal
est le mouvement inverse de la rétractation contrôlée à l’étape 6 :
une proposition portante prudente au départ est posée plus fortement
ensuite, par exemple jusqu’à être assertée en conclusion. Ce
mouvement est explicitement hors du périmètre du contrôle de
constance modale. Sa forme sourcée est captée par le test de
fidélité de 3.B sous le constat renforcé ; sa forme
chiffrée relève du test E de l’annexe 4. La forme restante —
l’auteur durcissant sa propre affirmation non chiffrée sans soutien
nouveau — relève de l’examen de validité comme escalade non méritée.
À ne pas confondre le durcissement modal n’est pas, par définition, fautif. Un texte peut légitimement renforcer une proposition si le corps apporte l’étayage nouveau qui justifie cette montée en engagement. Le défaut apparaît lorsque le renforcement excède ce que les prémisses permettent.
Voir aussi escalade non méritée · constance modale · carte modale · validité logique · constat renforcé
E Haut de page
énonciation, énonciateur
Sens établi en linguistique et en analyse du discours, l’énonciation est l’acte et la situation dans lesquels un énoncé est produit ; l’énonciateur est l’instance qui prend en charge cet énoncé dans le discours.
Dans ARGUS le protocole mobilise ces notions dans deux contrôles distincts. En 3.H, l’énonciateur est l’un des lieux auxquels le test de symétrie épistémique applique le même défaut que celui reproché à l’objet analysé. En 3.B, le contexte d’énonciation d’une citation décisive doit être celui que le texte analysé lui attribue ; une citation est dite recontextualisée lorsqu’elle est authentique mais déplacée vers une scène qu’elle ne visait pas.
À ne pas confondre vérifier le contexte d’énonciation ne revient pas à vérifier seulement l’exactitude littérale d’une citation : les mots peuvent être exacts et la scène fausse. L’inférence d’une intention personnelle de l’auteur relève, elle, de l’étape 4 et de ses exigences propres.
Voir aussi recontextualisation · symétrie épistémique · citation décisive · intention stratégique
épistémique
Sens établi épistémique qualifie ce qui concerne la connaissance, sa justification, ses conditions ou les raisons que l’on a de tenir une proposition pour vraie.
Dans ARGUS épistémique apparaît surtout dans l’expression symétrie épistémique. En 3.H, ARGUS demande si un défaut que le texte attribue à un objet — biais, opacité, irrationalité, manque de légitimité, besoin de justification externe ou autre manquement à une norme de rigueur — peut aussi être constaté chez l’énonciateur, dans le groupe ou l’instance qu’il privilégie, ou dans le dispositif du texte ; si oui, le texte doit le reconnaître et en tirer les conséquences, ou justifier valablement la différence de traitement. Le même test s’applique à la lecture par les intérêts : si le texte explique la position adverse par les intérêts, la position institutionnelle ou le financement de ses défenseurs, il doit appliquer cette lecture à ses propres autorités. Une asymétrie non justifiée est signalée comme faiblesse argumentative, notamment sous les qualifications de contradiction performative, privilège épistémique indu ou aveuglement réflexif.
À ne pas confondre épistémique ne signifie pas simplement « intellectuel » ou « savant ». La symétrie épistémique n’exige pas que des objets différents soient traités comme identiques ; elle exige que la différence de traitement soit explicitement et valablement justifiée.
Voir aussi symétrie épistémique · déférence · audit des sources · contradiction performative · asymétrie
escalade non méritée
Sens commun expression évaluative transparente : escalade désigne une intensification, non méritée signifie qu’elle n’est pas justifiée. ARGUS spécialise cette image pour un durcissement conclusif non soutenu.
Dans ARGUS l’escalade non méritée est le défaut dans lequel l’auteur durcit sa propre affirmation non chiffrée sans que le corps ait fourni le soutien nouveau qui justifierait ce renforcement. ARGUS la traite sous l’examen de validité de l’étape 3 comme un excès du conclusif sur les prémisses, en réutilisant la carte modale de l’étape 2.
À ne pas confondre toute conclusion plus ferme que l’ouverture n’est pas une escalade non méritée. Si l’argumentation apporte effectivement un soutien nouveau suffisant, le durcissement peut être légitime. La qualification vise précisément l’absence de ce soutien.
Voir aussi durcissement modal · prémisse · validité logique · carte modale · norme de preuve
étayage
Sens commun étayer, c’est soutenir une construction par des étais ; au figuré, appuyer une affirmation sur ce qui la porte.
Dans ARGUS l’étayage est ce sur quoi une affirmation repose à l’intérieur du texte. En 0.c, l’analyste annonce avant l’examen ce qu’il tiendra, pour ce genre de texte, pour un étayage suffisant. Le protocole donne comme exemples une citation directe, une référence à une autorité identifiable, des données chiffrées attribuées ou une cohérence interne argumentée, et prévoit que les affirmations non attribuées soient signalées comme non étayées. Le critère est donc annoncé avant d’être appliqué et dépend du genre.
À ne pas confondre l’étayage est interne au texte ; la vérification externe en sort. Une affirmation non étayée peut être vraie : ce champ ne tranche pas sa vérité. Et l’étayage n’est pas le dispositif de crédibilité, qui peut concentrer la rigueur sur le vérifiable tout en laissant le décisif non soutenu.
Voir aussi norme de preuve · vérification externe · dispositif · source fournie
F Haut de page
falsifiabilité, infalsifiabilité d’usage
Origine la notion moderne de falsifiabilité est associée à Karl Popper, qui en fait un critère de démarcation du caractère empirique ou scientifique d’une théorie : une proposition scientifique doit pouvoir entrer en conflit avec une observation possible. L’expression infalsifiabilité d’usage est une distinction propre à ARGUS.
Sens établi la falsifiabilité, dans la tradition poppérienne, est la propriété d’une théorie ou proposition empirique qui exclut certains états de choses observables et peut donc entrer en conflit avec l’expérience. Elle ne signifie pas qu’une observation isolée entraîne mécaniquement le rejet d’une théorie dans la pratique scientifique. L’expression infalsifiabilité d’usage n’est pas une catégorie technique standard de cette tradition ; elle constitue une distinction propre à ARGUS.
Dans ARGUS la falsifiabilité demande quelle observation le texte reconnaîtrait comme réfutante ; l’infalsifiabilité d’usage apparaît lorsque la thèse est réfutable dans sa formulation mais que le texte absorbe aussi les observations de signe contraire comme des confirmations. Le défaut n’est alors pas dans la forme de l’énoncé mais dans la manière de l’appliquer : une observation et son contraire peuvent toutes deux être traitées comme confirmantes. L’étape 3.F demande donc trois opérations distinctes : lister les observations que le texte traite comme confirmantes ; demander si une observation de signe contraire est elle aussi traitée comme confirmante — si oui, qualifier l’infalsifiabilité d’usage ; demander enfin quelle observation le texte reconnaîtrait comme réfutante et signaler s’il n’en nomme aucune.
À ne pas confondre l’infalsifiabilité d’usage n’est pas l’immunisation formelle d’une thèse énoncée de façon irréfutable. Ici, la formulation peut être réfutable ; c’est son usage qui neutralise toute possibilité pratique de réfutation. Et l’absence de preuve n’est pas, à elle seule, un problème de falsifiabilité.
Voir aussi signifiant vide · validité logique · solidité empirique · immunisation · étape 3.F
fidèle, renforcé, affaibli, déplacé, inexact
Sens commun les cinq adjectifs ont chacun un sens ordinaire. Leur organisation en cinq des sept qualifications d’un même test de fidélité et leurs frontières sont propres à ARGUS.
Dans ARGUS ces cinq qualifications décrivent la relation entre une affirmation décisive du texte et la source primaire à laquelle elle se rapporte, lorsque le test de fidélité est activé. Fidèle : le sens, la portée et le degré de certitude de la source sont conservés. Renforcé : une hypothèse, une réserve, une corrélation ou un constat limité devient une affirmation plus générale ou plus certaine. Affaibli : le texte atténue ou restreint ce que la source établit. Déplacé : les mots ou les données sont exacts mais rapportés à un référent, une comparaison, une période ou une scène que la source ne visait pas. Inexact : sur un fait vérifiable et décisif, la source dit autre chose.
Ces qualifications ne sont pas nécessairement exclusives : une
affirmation peut notamment être à la fois renforcée et
déplacée. Lorsqu’elles se cumulent, l’analyse nomme la
qualification principale et les secondaires. La gravité d’un défaut
n’est pas contenue dans l’étiquette : elle se détermine en 7.a par
le test de substitution.
À ne pas confondre
renforcé ne signifie pas simplement « plus convaincant
», et affaibli ne signifie pas « moins bon ». Ils
décrivent un écart de force ou de portée par rapport à la source.
Fidèle n’est pas compatible, sur le même élément, avec
une qualification de défaut ; il constate au contraire la
conservation de la source. Une source primaire disponible ne suffit
enfin pas à ouvrir cette grille : la filiation doit d’abord être
établie.
Voir aussi source primaire · test de fidélité · interprétation propre signalée · non tranchable · test de substitution · corrélation
frontal, sophistiqué
Sens commun frontal se dit de ce qui vient de face, sans détour ; sophistiqué de ce qui est raffiné, complexe ou élaboré.
Dans ARGUS frontal et sophistiqué décrivent la voie par laquelle passe la persuasion, non son intensité ni la qualité de l’écriture. Ce sont les deux valeurs du mode rhétorique, l’un des descripteurs que l’analyste peut ajouter après le niveau de 7.c uniquement s’ils sont établis. Frontal : engagement, accusation ou mobilisation immédiatement visibles. Sophistiqué : persuasion passant principalement par les codes de crédibilité attendus du public — technicité, expertise, modération, abondance documentaire, concessions ou neutralité de ton. Ces descripteurs ne modifient pas le numéro du niveau et ne doivent jamais servir à le déduire.
À ne pas confondre sophistiqué ne veut pas dire ici « raffiné ». Le protocole emploie ailleurs ce sens ordinaire lorsqu’il rappelle qu’une propagande destinée à un public cultivé peut être stylistiquement sophistiquée. Le descripteur indique par où passe la persuasion ; il n’impute pas non plus d’intention, l’inférence d’intention stratégique étant une étape distincte.
Voir aussi descripteur orthogonal · degré de fermeture interprétative · contrat de crédibilité
G Haut de page
glissement de cadre
Sens commun expression attestée dans plusieurs analyses cognitives ou discursives pour un changement de cadre d’interprétation. ARGUS en spécialise l’emploi dans son contrôle modal ; il n’en crée pas la chaîne lexicale.
Dans ARGUS le glissement de cadre désigne, dans le contrôle de constance modale, le cas où une proposition forte est posée sur un plan — par exemple téléologie, tendance ou intention — puis affaiblie sur un autre — par exemple contenu ou fait présent. Le protocole traite ce cas comme une forme particulièrement utile de rétractation déguisée et impose l’alternative démonstration ou retrait. Si le texte prétend que les deux plans correspondent à des référents ou périmètres différents, cette distinction doit être démontrée séparément pour que la partition de portée puisse jouer.
À ne pas confondre changer de vocabulaire ou de niveau d’analyse ne constitue pas à lui seul un glissement de cadre. La qualification devient pertinente lorsque ce déplacement accompagne l’affaiblissement d’une même proposition et que la distinction invoquée entre les deux plans n’est pas démontrée.
Voir aussi partition de portée · rétractation déguisée · constance modale · référent · téléologie
H Haut de page
homme de paille
Origine en français, homme de paille désigne traditionnellement un prête-nom. Son emploi argumentatif moderne est un calque de l’anglais straw man, qui désigne un adversaire ou un argument adverse reconstruit de manière à être facilement réfuté. Le français emploie également épouvantail pour ce sophisme.
Sens commun traditionnellement, un homme de paille est un prête-nom. Dans le français contemporain du débat et de l’argumentation, l’expression désigne aussi le sophisme consistant à déformer ou affaiblir la position adverse pour la réfuter plus facilement.
Dans ARGUS une position adverse est un homme de paille lorsque le texte en omet les meilleurs arguments pour ne retenir que sa version la plus faible ou la plus marginale. Le constat relève du point 2 de l’étape 1 et du principe de charité. Il porte sur la reconstruction effectuée, non sur l’intention de l’auteur.
À ne pas confondre ne pas confondre le sens argumentatif retenu ici avec le sens traditionnel de prête-nom. Et constater un homme de paille ne revient pas à dire que l’auteur a délibérément déformé la position adverse ; l’inférence d’intention relève de l’étape 4.
Voir aussi principe de charité · disqualification préventive · inférence d’intention stratégique
I Haut de page
implicite
Sens établi est implicite ce qui n’est pas formulé directement mais peut être compris ou reconstruit à partir de ce qui est dit, de la situation ou de l’organisation du discours.
Dans ARGUS implicite qualifie ce que le texte ne formule pas directement mais que l’analyse peut reconstruire à partir de ses éléments. En 0.a, une thèse explicite ou implicite constitue l’un des trois critères centraux de pertinence argumentative ; elle ne suffit pas à elle seule à établir la pertinence forte, qui exige au moins un critère central et au moins un autre critère de la liste. L’étape 1 examine aussi le positionnement implicite de l’auteur, et l’étape 4 peut formuler une hypothèse sur une fonction stratégique implicite à partir d’indices textuels, avec la progressivité imposée : indices, hypothèse, degré de confiance.
À ne pas confondre un contenu implicite n’est pas automatiquement une intention cachée. Une thèse ou un positionnement peuvent être reconstruits dans le texte sans qu’un dessein de l’auteur soit établi. Et implicite ne signifie pas nécessairement présupposé : ce dernier désigne ce que le texte tient pour acquis sans examen.
Voir aussi présupposé · thèse centrale · positionnement · intention stratégique · pertinence
inférence, saut inférentiel
Sens établi une inférence est l’opération par laquelle on tire une conclusion d’une ou plusieurs prémisses. L’expression saut inférentiel est utilisée de manière moins stabilisée pour désigner un passage d’un ensemble de propositions à une conclusion, souvent lorsque ce passage n’est pas entièrement explicité ; selon les auteurs, elle peut être descriptive ou critique. Elle ne désigne donc pas, hors d’ARGUS, un défaut nécessairement établi.
Dans ARGUS l’inférence est le lien de raisonnement qui fait passer le texte de ses prémisses à ses conclusions ; ARGUS cherche les endroits où ce lien n’est pas suffisamment justifié. À l’étape 3.A, l’analyste vérifie si les conclusions découlent des prémisses, s’il existe des sauts inférentiels non justifiés ou des glissements de sens, et si les chaînes causales sont démontrées plutôt que simplement postulées.
À ne pas confondre toute inférence n’est pas un défaut. Le défaut est le saut non justifié, lorsque le texte conclut plus que ce que ses prémisses portent. Et l’inférence d’intention stratégique de l’étape 4 est une opération de l’analyste soumise à ses propres garde-fous ; elle ne se confond pas avec les inférences du texte analysé.
Voir aussi prémisse · validité logique · chaîne causale · inférence d’intention stratégique
interprétation propre signalée
Sens commun composition transparente : une interprétation propre est une lecture attribuée à celui qui la formule ; signalée signifie rendue explicite. ARGUS en fait l’une des sept qualifications de son test de fidélité.
Dans ARGUS interprétation
propre signalée qualifie le cas où le texte ajoute à une
source une lecture qui n’est pas celle de cette source mais
la présente explicitement comme sa propre interprétation.
Le protocole ne traite pas ce cas comme un défaut : le texte ne
prête pas sa lecture à la source et maintient visible la frontière
entre ce que la source établit et ce qu’il en infère lui-même.
À ne pas confondre signaler une interprétation comme sienne ne rend pas cette interprétation vraie, valide ou bien étayée. La qualification constate seulement que le texte ne l’attribue pas indûment à la source. Sa solidité argumentative peut encore être examinée sous les autres contrôles du protocole.
Voir aussi test de fidélité · fidèle · source primaire · inférence · norme de preuve
M Haut de page
marqueurs d’autorité
Sens commun locution compatible avec le vocabulaire de l’analyse du discours, où marqueur peut désigner un indice discursif et l’autorité une source de légitimation. ARGUS en fixe une liste fonctionnelle propre à l’étape 1.
Dans ARGUS les marqueurs d’autorité sont les formulations par lesquelles un texte invoque une instance vague mais présentée comme indiscutable — par exemple « l’histoire », « la science », « tout le monde sait que » ou « quiconque est informé » — de manière à clore le débat avant de l’ouvrir. L’analyste relève leur fonction dans le cadrage initial.
À ne pas confondre toute référence à une autorité identifiable n’est pas un marqueur d’autorité au sens critique d’ARGUS. La notion vise l’appel à une instance rendue indiscutable par sa formulation, non l’usage normal d’une source ou d’une expertise attribuée.
Voir aussi dispositif d’ouverture · cadrage · audit des sources · déférence
modal, modalité, carte modale
Sens établi en logique et en linguistique, la modalité concerne la manière dont un contenu propositionnel est présenté, par exemple sous les catégories du possible et du nécessaire ou selon le degré d’engagement du locuteur. La littérature typologique emploie également des semantic maps of modality ou modal maps pour représenter les relations entre valeurs modales. Cette dernière notion ne correspond pas à l’usage spécifique de carte modale dans ARGUS.
Dans ARGUS la modalité désigne le degré d’engagement avec lequel le texte pose une proposition portante à un endroit donné. À l’étape 2, la carte modale enregistre pour chaque proposition portante deux informations distinctes : sa polarité, P ou ¬P, et son degré d’engagement — assertorique, probable, hypothétique ou suspendu. L’annotation est locale et neutre : elle décrit comment le texte pose la proposition à cet endroit, sans encore juger sa constance. Si une même proposition, sur le même référent et à polarité constante, apparaît sous des degrés différents, chaque occurrence est notée avec son emplacement — ouverture, corps, concession ou réserve finale — puis reprise à l’étape 6 par le contrôle de constance modale.
À ne pas confondre la modalité n’est ni le contenu de la proposition, ni sa vérité, ni sa polarité. Deux occurrences peuvent avoir le même contenu et la même polarité tout en différant par leur degré d’engagement. La carte modale ne classe pas toutes les phrases : elle est bornée aux propositions portantes.
Voir aussi assertorique · probable, hypothétique, suspendu · polarité · référent · proposition portante · constance modale
mode d’accès à la source
Sens commun la manière dont on parvient à quelque chose.
Dans ARGUS le mode d’accès indique comment la source utilisée pour un contrôle est arrivée dans l’analyse, indépendamment du résultat du contrôle. Il constitue l’un des deux axes de 3.B et ne prend que deux valeurs : source fournie, pour une pièce jointe ou un document déjà présent ; recherche externe, pour une source qu’il a fallu aller chercher. Le mode d’accès est déclaré parce que le coût et la reproductibilité pour un tiers ne sont pas comparables entre les deux.
À ne pas confondre le mode d’accès n’est pas le statut du contrôle. Les deux axes sont indépendants : une source fournie qui n’établit rien de ce qui était cherché produit un contrôle infructueux.
Voir aussi contrôle · abouti, partiel, infructueux · source fournie, source primaire · vérification externe
modestie constante
Sens commun expression descriptive composée de mots ordinaires ; elle n’est pas une catégorie lexicale stabilisée correspondant au sens ARGUS.
Dans ARGUS la modestie constante est la première exclusion du contrôle de constance modale : une proposition prudente d’un bout à l’autre n’est pas requalifiée en rétractation simplement parce qu’une réserve finale restitue cette prudence. Le contrôle vérifie notamment si l’ouverture était déjà prudente. Si le degré d’engagement modeste est constant, le contrôle reste muet quant au défaut ; la restitution de constance modale nomme néanmoins l’exclusion appliquée lorsque la proposition a été reprise au contrôle.
À ne pas confondre la modestie constante n’est pas une rétractation légère. C’est une exclusion : lorsqu’elle s’applique, il n’y a pas de défaut à faire remonter en 7.a. Une formulation finale prudente n’efface donc pas une affirmation forte antérieure, mais elle n’en crée pas non plus une si cette force n’a jamais été posée.
Voir aussi constance modale · réserve finale · révision assumée · partition de portée · règle 14
N Haut de page
non tranchable
Sens commun en français courant, une question non tranchable est une question qui ne peut pas être décidée avec les éléments disponibles. ARGUS conserve cette idée mais en borne strictement l’application dans le test de fidélité.
Dans ARGUS non
tranchable est la qualification du test de fidélité lorsque
la source disponible ne permet pas de conclure sur la relation entre
l’affirmation du texte et cette source. C’est une limite de
l’analyse, non un défaut attribué au texte. Elle ne remonte
donc pas en 7.a et elle est incompatible, sur le même élément, avec
fidèle comme avec une qualification de défaut. La
qualification non tranchable suppose donc une source
disponible mais insuffisante pour conclure. Si la
source primaire à laquelle le texte se rapporte n’est pas
disponible, cette qualification ne s’applique pas : le protocole
demande de déclarer l’indisponibilité, de nommer les affirmations
concernées et de traiter la limite sous la clause Face à
l’absence d’éléments suffisants de l’étape 7.
À ne pas confondre non
tranchable n’est pas un synonyme général de doute de
l’analyste. Dans le test de fidélité, il signifie précisément que la
source disponible ne permet pas de conclure. Il ne doit pas non plus
être confondu avec la qualification de première porte non
déterminable en l’état du test des absences, qui obéit à
des conditions propres concernant l’accessibilité d’une information
absente.
Voir aussi test de fidélité · source primaire · absence d’éléments suffisants · qualification de première porte non déterminable en l’état · fidèle
norme de preuve
Sens commun les deux mots sont clairs séparément ; l’expression n’est pas, en français de France, un terme juridique consacré.
Dans ARGUS la norme de preuve est le niveau d’étayage interne que l’analyste fixe avant l’examen comme suffisant pour ce texte, compte tenu de son genre. Elle est rédigée en 0.c avant l’examen critique. Le protocole donne l’exemple d’un éditorial : citation directe, référence à une autorité identifiable, données chiffrées attribuées ou cohérence interne argumentée, les affirmations non attribuées étant signalées comme non étayées. Une fois déclarée, la norme devient opposable : il est interdit de la relâcher en cours d’analyse pour sauver la cohérence du texte, et un fait central qui ne la respecte pas est classé comme non étayé.
À ne pas confondre la norme de preuve n’est pas la charge de la preuve. La seconde dit à qui il revient de prouver ; la première dit à quel niveau. Elle n’est pas non plus une exigence générale et abstraite de rigueur : elle est indexée sur le genre et vaut pour un texte donné.
Voir aussi étayage · contrat de lecture · contrat performatif
nuance verrouillée
Sens commun expression métaphorique transparente : une nuance peut être dite verrouillée si elle reste enfermée dans une issue déterminée. La catégorie technique et ses critères sont propres à ARGUS.
Dans ARGUS une nuance verrouillée est une nuance intégrée de telle manière qu’elle renforce ou protège la conclusion au lieu de l’ouvrir. Elle permet au texte d’apparaître prudent, complexe ou équilibré sans donner à l’élément nuançant la capacité de modifier réellement la trajectoire argumentative. La notion met en œuvre le principe de destination rhétorique : la présence formelle d’une nuance doit être distinguée de sa fonction réelle.
À ne pas confondre toute nuance qui laisse la conclusion intacte n’est pas nécessairement verrouillée. Elle le devient lorsque son intégration participe à la protection de la conclusion contre l’effet qu’aurait normalement l’objection, l’incertitude ou la limite qu’elle introduit. Une prudence constante et honnête relève d’un autre mécanisme.
Voir aussi concession immunisante · contradictoire formel · clôture interprétative · modestie constante · destination rhétorique
O Haut de page
objet analysé, objet déclaré
Sens commun une chose matérielle, ou ce sur quoi porte une action, une pensée, un examen.
Dans ARGUS l’objet analysé est le document entier soumis à ARGUS ; le périmètre n’en est que la partie examinée sous le protocole. L’objet est énoncé en une ligne en tête d’analyse avec ce que le document dit de lui-même — support, date et mention d’une autre version s’il en signale une. Objet déclaré nomme le même document du point de vue de cette déclaration. Toute vérification externe porte sur cet objet. Une section exclue du périmètre reste interne à l’objet ; sa consultation ne devient donc pas, pour cette seule raison, une vérification externe, et son usage au titre du pont de 0.a bis n’entre dans aucun des trois compteurs de 3.B. L’accessibilité d’une information s’apprécie à la date de publication de l’objet déclaré, non à la date de l’analyse.
À ne pas confondre l’objet n’est pas le périmètre. Exclure une section la sort du périmètre, pas de l’objet.
Voir aussi périmètre · vérification externe · régime des sections exclues
objet de l’accessibilité
Sens commun composition abstraite possible : l’objet est ce sur quoi porte un critère. ARGUS l’utilise comme garde technique pour préciser que l’accessibilité porte sur l’information absente.
Dans ARGUS l’objet de l’accessibilité est l’information ou la proposition absente elle-même, et non la simple disponibilité d’une personne, d’une institution ou d’une source susceptible de la fournir. Pour conclure qu’une information était facilement accessible, l’analyse doit pouvoir nommer cette information et le support, la déclaration, la donnée ou le fait qui la rendait disponible à la date de publication. La présence d’un journaliste à un événement ou la possibilité de poser une question à un acteur ne suffisent pas.
Dans un corpus, un autre texte ne rend l’information accessible que s’il est établi qu’il était déjà publiquement disponible avant le moment de publication du texte analysé, ou qu’une source distincte antérieure rendait déjà l’information accessible.
À ne pas confondre l’accessibilité d’un interlocuteur n’est pas l’accessibilité de l’information. De même, deux textes publiés le même jour ne peuvent pas être ordonnés par simple supposition : sans heure ou autre preuve d’antériorité, l’un ne peut pas servir à établir que l’information était déjà accessible à l’autre.
Voir aussi omission stratégique · absence non imputable · qualification de première porte non déterminable en l’état · corpus · date de publication
omission stratégique
Sens commun locution déjà attestée dans les travaux sur la tromperie et la manipulation de l’information pour une omission jouant un rôle stratégique. ARGUS lui donne un critère procédural spécifique fondé sur accessibilité et absence.
Dans ARGUS une omission stratégique est établie lorsque l’information absente était facilement accessible à la date de publication et qu’elle est effectivement absente du texte, y compris sous la forme d’une mention destinée à l’écarter. Les deux critères ont la même polarité : deux « oui » suffisent à franchir la première porte et à qualifier l’omission de stratégique. Dans l’ordre d’exécution, le constat d’absence se traite d’abord : si le texte mentionne l’élément, il n’y a pas d’absence à qualifier et la question de l’accessibilité ne se pose plus. Il est interdit de refuser cette qualification au motif que l’information absente ne détruirait pas la thèse ; cette question appartient à la seconde porte.
À ne pas confondre
stratégique ne signifie pas que l’intention consciente
de l’auteur est établie. La qualification porte sur la structure de
sélection constatée : une information accessible et pertinente
manque effectivement. L’effet de cette omission sur la conclusion
est une question distincte, qui détermine éventuellement si elle est
structurante.
Voir aussi première porte, seconde porte · omission structurante · objet de l’accessibilité · intention stratégique · test des absences
omission structurante
Sens commun composition transparente : une omission est structurante si elle affecte la structure d’un ensemble. La qualification technique et son seuil élevé sont propres à ARGUS.
Dans ARGUS une omission n’est structurante que si l’analyste démontre explicitement que l’élément absent, s’il était intégré au texte, contredirait directement la conclusion ou nécessiterait une refonte majeure du mécanisme causal défendu. Cette qualification appartient à la seconde porte et ne peut être examinée qu’après qu’une absence a déjà été qualifiée de stratégique à la première porte.
À ne pas confondre une omission stratégique n’est pas automatiquement structurante. L’accessibilité et l’absence suffisent pour la première qualification ; la seconde exige une démonstration supplémentaire portant sur l’effet de l’information manquante sur la conclusion. Une information simplement utile, gênante ou nuançante ne suffit donc pas à établir le caractère structurant.
Voir aussi omission stratégique · première porte, seconde porte · test de substitution · gravité · absence à résultat indéterminé
ordre de grandeur
Sens établi un ordre de grandeur situe approximativement une quantité sur une échelle numérique, souvent par la puissance de dix la plus proche ou par une comparaison de même échelle.
Dans ARGUS l’ordre de grandeur est le test de plausibilité quantitative qui consiste à extrapoler le taux annoncé à la période complète puis à comparer le résultat à la population ou à l’ensemble de référence. C’est le test A de l’annexe 4. Il vise en priorité les taux horaires ou journaliers prolongés sur des années, les doublements périodiques et les croissances composées. Un dépassement de l’ensemble de référence n’établit toutefois l’impossibilité que si l’unité comptée est non répétable ; si l’ensemble se renouvelle pendant la période, la borne doit être majorée à partir de données du texte ou d’une vérification externe recevable. À défaut de borne établie, le calcul reste effectué mais l’impossibilité n’est pas affirmée, et ce silence ne vaut pas validation du chiffre. Avant de conclure, l’analyste nomme l’unité comptée, la borne retenue et la fenêtre temporelle.
À ne pas confondre le test d’ordre de grandeur n’autorise pas l’analyste à substituer son propre modèle à celui de l’auteur. ARGUS refait le calcul avec les données et hypothèses disponibles dans le texte ou établies par une source recevable. Le test A ne peut pas être déclaré non renseignable pour le coût ou la lourdeur du calcul, ni pour une simple incertitude sur l’ordre de grandeur ; il ne peut l’être que lorsqu’une donnée minimale nécessaire manque dans les conditions prévues par l’annexe 4. Et le simple fait qu’un total dépasse une population ne prouve rien lorsque l’événement compté peut se répéter pour une même unité.
Voir aussi annexe 4 · unité non répétable · borne de référence · contrôle arithmétique et statistique · taux de base
P Haut de page
partition de portée
Sens commun partition désigne une division en parties ; portée, l’étendue sur laquelle quelque chose vaut. La locution peut se comprendre descriptivement hors d’ARGUS, mais aucun sens technique stabilisé correspondant à la procédure ARGUS n’est retenu ici.
Dans ARGUS il y a partition de portée lorsque les deux pôles examinés par le contrôle de constance modale ne portent pas sur le même référent ou le même périmètre, à condition que cette différence soit démontrée. C’est la troisième exclusion du contrôle à l’étape 6. L’analyste doit nommer explicitement le référent de chaque pôle. Si le texte prétend distinguer deux référents — par exemple une surface et un substrat, une finalité et une efficacité — cette distinction doit être établie séparément ; simplement affirmée, elle ne fait pas jouer l’exclusion. Dans le cas finalité / efficacité, une finalité tenue au même degré d’un bout à l’autre tandis que seule l’efficacité reste en suspens est muette par construction ; l’exclusion n’est invoquée que si la finalité elle-même varie, et l’analyste vérifie alors que le corps ne l’avait pas déjà rendue incertaine.
À ne pas confondre une exclusion n’est pas un défaut atténué. Lorsqu’elle s’applique, le contrôle reste muet et rien ne remonte à la grille de gravité de 7.a.
Voir aussi modestie constante · révision assumée · rétractation déguisée · référent · pôle fort · pôle rétracté
passe à blanc
Sens commun à blanc signifie sans effet réel, à titre d’essai ; une passe à blanc se comprend comme un passage d’essai. ARGUS transforme cette idée en procédure préalable à l’analyse.
Dans ARGUS la passe à blanc est une pratique recommandée à l’utilisateur avant de soumettre un texte à l’IA. Sans aide, il répond brièvement à trois questions : quels présupposés l’ouverture installe-t-elle, qu’est-ce qui manque, et le texte s’applique-t-il à lui-même ce qu’il exige des autres ? Il compare ensuite ses réponses à celles de l’analyse. Le protocole présente cette étape comme la seule partie qui ne peut pas être déléguée, car sa fonction est l’apprentissage du lecteur.
À ne pas confondre la passe à blanc n’est ni une étape obligatoire de l’exécution ARGUS par l’IA, ni une pré-analyse destinée à influencer son résultat. Elle appartient à l’apprentissage de l’utilisateur et prend sens précisément parce qu’elle est faite avant de voir l’analyse produite.
Voir aussi fonction d’apprentissage · dispositif d’ouverture · test des absences · symétrie épistémique
performatif
Origine emprunt français à l’anglais performative, terme associé aux travaux de J. L. Austin sur la distinction entre énoncés constatifs et performatifs. Le TLFi atteste le français performatif en 1962 dans le texte d’Austin « Performatif-constatif » ; l’anglais performative est attesté chez Austin dès ses conférences de 1955.
Sens établi en philosophie du langage, est performatif un énoncé dont l’énonciation accomplit ou participe à accomplir un acte, plutôt qu’elle ne se borne à décrire un état de choses.
Dans ARGUS performatif apparaît dans deux constructions distinctes. Dans le contrat performatif, une norme de rigueur, de sourçage, de méthode ou de transparence que le texte prescrit lui-même entre dans son contrat de lecture et lui est appliquée en sus de la norme de genre ; elle doit être déclarée explicitement à la suite de la norme de preuve en 0.c. Dans la contradiction performative, le texte enfreint par son propre discours ou son dispositif une exigence qu’il proclame ou applique à autrui — par exemple lorsqu’il prétend s’adresser à « tous » dans un registre qui en exclut une partie, ou lorsqu’une asymétrie épistémique non justifiée est établie.
À ne pas confondre le contrat performatif et la contradiction performative sont deux usages distincts. Le premier fixe une norme supplémentaire avant l’examen ; la seconde est un défaut constaté dans l’analyse. Performatif ne signifie pas simplement « efficace » ou « persuasif ».
Voir aussi contrat performatif · contradiction performative · registre · symétrie épistémique
périmètre
Sens commun contour d’une surface et, par extension, étendue d’un domaine d’action.
Dans ARGUS le périmètre est la décision explicite qui fixe quelles parties de l’objet seront analysées sous ARGUS et lesquelles en seront exclues. Il est déclaré en 0.a bis sous la forme d’une liste nominative des sections traitées et exclues. Le protocole pose que le périmètre est une décision, non un constat : traiter un texte long comme un tout argumentatif unique est une décision au même titre que l’exclusion d’une section. Les deux doivent être motivées. La mention « aucune section exclue » n’est recevable qu’avec sa raison ; aucune décision de périmètre ne se prend par défaut ni en silence.
À ne pas confondre le périmètre ne décrit pas ce dont le texte parle. Il dit ce que l’analyste a décidé d’examiner et engage sa responsabilité. Un défaut relevé dans une section hors périmètre n’est pas, par lui-même, un défaut argumentatif de la thèse. Il ne le devient par le test 3.H que si le texte prescrit lui-même la norme qu’il enfreint. Dans l’autre sens, une donnée hors périmètre mais interne à l’objet peut établir un défaut du périmètre argumentatif si elle porte directement sur une affirmation de ce périmètre et en modifie la vérité, la portée ou la représentativité ; le défaut reste alors situé et qualifié dans la partie argumentative.
Voir aussi régime des sections exclues · textes composites · arrêt obligatoire
périmètre du dicible
Sens commun expression métaphorique transparente : dicible désigne ce qui peut être dit, périmètre en trace les limites. ARGUS l’emploie comme catégorie d’analyse du cadrage initial.
Dans ARGUS le périmètre du dicible est l’ensemble des questions qu’un cadrage rend possibles, légitimes ou discutables, par opposition à celles qu’il rend inenvisageables, triviales ou moralement suspectes. L’étape 1 demande explicitement à l’analyste de repérer cette frontière afin d’identifier ce que l’ouverture autorise ou exclut avant même l’examen des arguments.
À ne pas confondre le périmètre
du dicible n’est pas le périmètre ARGUS de 0.a bis. Le
premier décrit une frontière produite par le texte ; le second est
une décision méthodologique de l’analyste sur les sections soumises
au protocole.
Voir aussi dispositif d’ouverture · cadrage · périmètre · disqualification préventive
pertinence
Sens commun caractère de ce qui se rapporte exactement à la question posée, de ce qui est approprié.
Dans ARGUS la pertinence mesure non pas la qualité du texte, mais le degré auquel son fonctionnement argumentatif relève d’ARGUS. Elle est évaluée en 0.a avant toute autre étape et reçoit quatre qualifications : forte, partielle par degré, partielle par composition, faible ou nulle. Un texte est pleinement pertinent s’il remplit au moins un critère central et au moins un autre critère ; deux critères corroborants ne suffisent jamais à eux seuls. Les critères s’apprécient sur l’ensemble du texte soumis, non sur sa partie la plus argumentative. Lorsqu’ils ne sont remplis que dans des parties identifiables, la pertinence est partielle par composition. Elle est partielle par degré lorsqu’un critère central est rempli sans second critère ; elle est faible ou nulle lorsqu’aucun critère central n’est rempli. Si deux qualifications restent défendables pour le même objet, retenir la partielle par composition.
À ne pas confondre la pertinence ne dit pas si le texte est intéressant ni s’il a raison. Un texte de pertinence faible n’est pas un mauvais texte : c’est un texte pour lequel un autre type d’analyse convient mieux.
Voir aussi arrêt obligatoire · périmètre · dispense
plein, vide, mixte
Sens commun trois adjectifs ordinaires. Vide et plein s’opposent ; mixte désigne ce qui tient des deux.
Dans ARGUS plein, vide et mixte sont les trois valeurs du champ « statut » dans la grille d’analyse d’un signifiant vide, à l’annexe 2. Vide : absence de définition, usage interchangeable. Plein : défini, stable, non substituable sans perte de sens. Mixte : vide à certains endroits, plein à d’autres, ce qui signale une tension potentielle. Le statut se lit avec le troisième champ de la grille, la fonction dans l’argument — fédérer, éviter la réfutation, etc.
À ne pas confondre le statut qualifie l’usage d’un terme dans ce texte, non le terme en lui-même. Un mot n’est pas vide par nature, et « vide » n’est pas un jugement de valeur ; un signifiant vide peut être employé sans intention stratégique.
Voir aussi signifiant vide · périmètre du dicible
polarité
Sens établi en linguistique et dans les formalismes logiques qui opposent une proposition à sa négation, la polarité distingue le pôle positif ou affirmatif du pôle négatif.
Dans ARGUS la polarité indique si le texte pose la proposition cible sous la forme P ou sous sa négation ¬P, indépendamment de son degré d’engagement. Elle est l’un des deux éléments de la carte modale, avec le degré d’engagement. Le contrôle de constance modale de l’étape 6 n’examine une variation de degré que lorsque la polarité et le référent restent constants.
À ne pas confondre un changement de polarité n’est pas une rétractation modale. Si le texte passe de P à ¬P sur le même référent à degré fort constant, il s’agit d’une contradiction relevant de l’examen de validité ; le contrôle modal ne la traite pas comme une rétractation, mais peut en signaler la structure directionnelle. La suspension n’est pas une troisième polarité : « on ne sait pas si P » reste de polarité P au degré suspendu.
Voir aussi modalité · carte modale · référent · probable, hypothétique, suspendu · contradiction · constance modale
pôle fort, pôle rétracté
Sens commun pôle désigne un point ou un terme d’opposition ; fort et rétracté sont ordinaires. Le couple n’est pas une opposition lexicale courante : ARGUS lui attribue une fonction technique propre.
Dans ARGUS le pôle fort est l’occurrence où une proposition portante porte le degré d’engagement le plus élevé des degrés comparés et, dans le cas positif du test de direction, accomplit le travail argumentatif. Il n’est donc pas nécessairement assertorique : il est le plus fort des degrés effectivement observés. Le pôle rétracté est l’occurrence affaiblie qui participe à une rétractation modale avérée. Lorsqu’une concession constitue ce pôle rétracté dans une rétractation modale avérée, exclusions de l’étape 6 écartées, elle ne peut pas être créditée en 7.b comme contradictoire effectif, concession ouvrante ou point de rigueur. Le contrôle de cohérence de l’étape 8 vérifie qu’aucune qualité créditée en 7.b ne coïncide avec un pôle rétracté.
À ne pas confondre le pôle fort ne désigne pas automatiquement l’ouverture du texte, et le pôle rétracté ne désigne pas toute formulation prudente. Les deux termes ne prennent leur sens qu’à l’intérieur d’une comparaison portant sur la même proposition, à polarité et référent constants, après application du test de direction.
Voir aussi test de direction · rétractation modale directionnelle · concession · réserve finale · 7.b
porteur, portant
Origine portant est le participe présent de porter ; porteur est issu du latin portator, dérivé de portare, « porter ». Dans les emplois techniques, les deux mots peuvent désigner ce qui supporte une charge ; le bâtiment parle de mur porteur, l’Académie signalant que mur portant se dit parfois au même sens. C’est cette idée de fonction de soutien qui fonde la métaphore ARGUS.
Sens commun qui supporte une charge.
Dans ARGUS porteur et portant recouvrent deux applications distinctes de la même image : un chiffre est porteur lorsque le texte lui assigne une fonction probatoire ; une proposition est portante lorsque son retrait rendrait la thèse inintelligible ou non démontrée. Pour le chiffre, le critère est la fonction probatoire que le texte lui attribue, non son caractère indispensable à la conclusion ; la présence d’au moins un chiffre porteur active l’annexe 4 selon les conditions énoncées à son §2. Les propositions portantes sont les seules annotées par la carte modale de l’étape 2.
À ne pas confondre le caractère porteur n’est pas l’importance apparente. Un chiffre spectaculaire que le texte n’offre en étayage d’aucune proposition centrale n’est pas porteur ; un chiffre discret auquel le texte assigne une fonction probatoire l’est.
Voir aussi contrôle arithmétique et statistique · carte modale · terme décisif
première porte, seconde porte
Sens commun une porte est ce par quoi on entre ; au figuré, un passage obligé qui laisse passer ou retient.
Dans ARGUS les deux portes sont deux filtres successifs du test des absences : d’abord établir que l’information était accessible et qu’elle manque ; ensuite seulement examiner l’effet de cette absence sur la conclusion. La première porte porte sur l’accessibilité de l’information et le constat de son absence. Une fois l’absence établie, elle distribue les sorties du point 3 : omission stratégique, simple point de faiblesse, absence non imputable, ou qualification de première porte non déterminable en l’état, qui ne conclut rien. L’absence non imputable et la qualification de première porte non déterminable en l’état ne sont pas des défauts et ne remontent pas en 7.a ; les trois conditions cumulatives de la qualification de première porte non déterminable en l’état sont énoncées dans sa notice canonique. Lorsque les deux critères de la première porte sont remplis, l’omission stratégique est établie ; il est interdit d’écarter cette qualification au motif que l’élément absent ne détruirait pas la thèse. Cette considération relève de la seconde porte. La seconde porte porte sur l’effet de l’absence sur la conclusion et ne s’ouvre que pour une absence déjà qualifiée de stratégique ; elle seule permet de qualifier l’omission de structurante, ce qui exige de démontrer que l’élément absent contredirait directement la conclusion ou nécessiterait une refonte majeure du mécanisme causal défendu.
À ne pas confondre les deux portes ne sont pas deux degrés de gravité mais deux critères distincts appliqués dans l’ordre. Le second ne peut pas servir à revenir sur le premier. Une absence à résultat indéterminé conserve sa qualification de première porte et se voit seulement interdire la seconde. Ce ne sont pas non plus des seuils d’une même échelle.
Voir aussi test des absences · omission stratégique · omission structurante · absence non imputable · qualification de première porte non déterminable en l’état · seuil
prémisse
Sens établi en logique et en argumentation, une prémisse est une proposition dont une conclusion est tirée.
Dans ARGUS une prémisse est un maillon sur lequel le texte fait reposer une conclusion ; l’étape 3.A vérifie si les conclusions découlent effectivement de leurs prémisses. Dans le contrôle de constance modale, une proposition portante au degré fort fait notamment « le travail argumentatif » lorsqu’elle sert de prémisse, renforce la thèse ou charge un adversaire.
À ne pas confondre une prémisse n’est pas nécessairement vraie parce qu’elle est utilisée comme point de départ, et une conclusion peut être invalide même si ses prémisses sont exactes. ARGUS distingue donc la validité de l’enchaînement logique de la solidité empirique des affirmations qui le composent.
Voir aussi inférence · validité logique · proposition portante · solidité empirique
présupposé
Sens établi un présupposé est un élément tenu pour acquis en amont d’un raisonnement ou d’un énoncé, sans être lui-même explicitement établi dans ce passage.
Dans ARGUS un présupposé est ce que le texte tient pour déjà acquis, évident ou partagé sans le soumettre à examen. Son repérage est le premier contrôle de l’étape 1 sur le dispositif d’ouverture : l’analyste demande ce que le cadrage initial installe comme allant de soi avant que l’argumentation ne commence. L’étape 8 applique ensuite la même exigence à l’analyse elle-même en demandant quel présupposé non démontré l’analyste a admis.
À ne pas confondre un présupposé n’est pas simplement une idée implicite. Le terme vise ici une proposition que le raisonnement traite comme acquise ; un contenu peut être implicite sans servir de point de départ tenu pour vrai. Et relever un présupposé ne suffit pas encore à conclure qu’il est faux.
Voir aussi implicite · dispositif d’ouverture · cadrage · examen réflexif
principe de charité
Origine l’expression anglaise principle of charity est introduite par Neil L. Wilson en 1959 dans « Substances without Substrata ». Quine reprend une maxime apparentée dans sa théorie de la traduction radicale ; Davidson développe ensuite le principe de charité comme condition de l’interprétation, en maximisant autant que possible cohérence, rationalité et vérité attribuées au locuteur.
Sens établi en philosophie de l’interprétation, le principe de charité demande d’interpréter les propos d’autrui de façon à préserver autant que raisonnablement possible leur cohérence, leur rationalité et leur vérité. En analyse d’argumentation, ce principe est couramment étendu à l’exigence de reconstruire une thèse dans la version la plus forte que ses formulations permettent réellement, plutôt que dans une version facile à réfuter.
Dans ARGUS le principe de charité intervient à l’étape 1 comme garde de reconstruction d’une position adverse. Une position est qualifiée d’homme de paille lorsque le texte en omet les meilleurs arguments pour ne retenir que sa version la plus faible ou la plus marginale. Le constat porte sur la reconstruction effectuée, non sur le dessein de l’auteur ; l’intention éventuelle relève séparément de l’étape 4 et de sa progressivité en trois niveaux.
À ne pas confondre appliquer le principe de charité ne signifie ni approuver l’adversaire ni atténuer la critique. Il impose de ne pas affaiblir artificiellement la position avant de l’examiner.
Voir aussi homme de paille · disqualification préventive · intention stratégique · étape 1
probable, hypothétique, suspendu
Sens commun probable se dit de ce qui est tenu pour vraisemblable ; hypothétique, de ce qui est posé comme hypothèse ; suspendu, de ce qui est laissé en attente ou non tranché.
Dans ARGUS probable, hypothétique et suspendu sont trois des quatre degrés d’engagement qu’ARGUS utilise pour noter la force avec laquelle un texte pose une proposition portante à un endroit donné. Le quatrième degré est assertorique, traité dans une notice distincte. À l’étape 2, l’analyste relève pour chaque proposition portante sa polarité, P ou ¬P, et son degré d’engagement tel que le texte le pose à cet endroit. Suspendu signifie que le jugement est laissé en suspens. La suspension porte sur le degré d’engagement envers la proposition cible, non sur sa polarité : « on ne sait pas si P » reste de polarité P, au degré suspendu. Si une même proposition portante, sur le même référent et à polarité constante, apparaît à plusieurs endroits sous des degrés d’engagement différents, chaque occurrence et son emplacement sont notés pour le contrôle de constance modale de l’étape 6.
À ne pas confondre ces termes décrivent l’engagement du texte envers une proposition ; ils ne sont ni un jugement de l’analyste sur la vérité de cette proposition, ni des polarités. La suspension n’ajoute donc pas une troisième polarité entre P et ¬P. Et une concession est un emplacement où un faible degré d’engagement peut apparaître, non un degré d’engagement en soi.
Voir aussi assertorique · polarité · carte modale · concession · réserve finale · constance modale
propagande adaptée
Sens commun expression descriptive possible : une propagande peut être adaptée à un public ou à un contexte. ARGUS en fait une qualification précise liée aux codes du public cible ; la chaîne de mots n’est pas revendiquée comme création.
Dans ARGUS la propagande adaptée
est une propagande qui adopte les codes intellectuels, moraux ou
esthétiques du public auquel elle s’adresse. Elle peut ainsi être
sourcée, nuancée, prudente, techniquement précise ou stylistiquement
sophistiquée lorsque ce sont les formes de crédibilité attendues par
son destinataire. Le protocole interdit donc d’exclure la propagande
sur la seule base de qualités formelles : ce qui compte est la
fonction de ces qualités dans l’ouverture ou la fermeture de
l’interprétation. Le terme propagande étant réservé aux
niveaux 3 et 4 de 7.c, l’adaptation au public ne suffit jamais, à
elle seule, à produire cette qualification.
À ne pas confondre
adaptée ne désigne pas un degré supplémentaire de
propagande. Le degré est attribué en 7.c selon la fermeture
interprétative. L’adaptation des procédés persuasifs aux
attentes du public cible fait partie des critères utilisés
pour attribuer ce niveau, mais elle ne devient un indice de
fermeture que lorsqu’elle s’accompagne d’asymétries, d’omissions
stratégiques, de circularité informationnelle, d’un contradictoire
neutralisé ou d’autres mécanismes qui empêchent les éléments
contraires de modifier la conclusion. Les seuls descripteurs
orthogonaux au niveau sont le mode rhétorique et l’origine ou
fonction.
Voir aussi principe de destination rhétorique · degré de fermeture interprétative · mode rhétorique · sophistiqué · clôture interprétative
propagande verrouillée
Sens commun expression descriptive possible : une propagande peut être qualifiée de verrouillée au sens de fermée ou protégée. Dans ARGUS, elle nomme précisément le niveau 4 de l’échelle.
Dans ARGUS la propagande verrouillée est le niveau 4 de 7.c, atteint lorsque la protection de la conclusion devient auto-immunisante ou matériellement fermée. Le protocole cite comme mécanismes possibles des omissions structurantes, une fabrication ou manipulation décisive, l’exclusion du contradictoire ou un dispositif transformant toute observation contraire en confirmation. À ce niveau, la contradiction interne ne peut plus modifier la conclusion sur son point central sans apport extérieur substantiel.
À ne pas confondre le niveau 4 n’est pas une propagande simplement « plus forte » au sens rhétorique ou émotionnel. Il se distingue du niveau 3 par un seuil fonctionnel : au niveau 3, la contradiction reste reconstructible mais le dispositif la rend nettement plus difficile ou l’absorbe ; au niveau 4, son effet central est empêché par fermeture auto-immunisante ou matérielle.
Voir aussi degré de fermeture interprétative · niveau 3 — propagande · infalsifiabilité d’usage · omission structurante · contradictoire effectif
public affiché, public réel probable, public stratégique, public repoussoir
Sens commun les quatre syntagmes sont compréhensibles par leurs mots ordinaires. Leur réunion en une typologie à quatre publics et les critères de distinction sont propres à ARGUS.
Dans ARGUS ARGUS distingue quatre publics qui peuvent ne pas coïncider. Le public affiché est celui que le texte dit viser explicitement. Le public réel probable est celui que le support, le registre, les références, la technicité, la rubrique, le mode de diffusion et le contexte rendent vraisemblablement destinataire. Le public stratégique est celui que le texte cherche principalement à convaincre, renforcer, mobiliser, rassurer ou immuniser contre des objections. Le public repoussoir est le public ou le camp que le texte ne cherche pas à convaincre, mais à disqualifier, ridiculiser ou exclure du périmètre du dicible. La qualification produite en 0.f est une hypothèse de travail, non une conclusion : à l’issue de l’étape 3, l’analyste doit explicitement dire si l’examen la confirme, la nuance ou l’infirme ; si aucun élément de l’étape 3 ne permet de la modifier, il le signale comme limite possible plutôt que comme confirmation automatique.
À ne pas confondre ces quatre
catégories ne sont pas quatre publics nécessairement différents. Un
même groupe peut occuper plusieurs positions. Le public
repoussoir est surtout contre-intuitif : il n’est pas une
cible persuasive ratée, mais un groupe dont la fonction dans le
dispositif peut être précisément de ne pas être convaincu.
Voir aussi principe de destination rhétorique · contrat de crédibilité · propagande adaptée · périmètre du dicible
Q Haut de page
qualification de première porte non déterminable en l’état
Sens commun formule procédurale longue, transparente par ses composants mais non lexicalisée comme expression courante. ARGUS la construit pour nommer une sortie d’indétermination strictement conditionnée.
Dans ARGUS la qualification de première porte non déterminable en l’état s’applique lorsque l’information est absente mais que l’analyse ne permet pas d’établir si elle existait ou était aisément accessible à la date pertinente. Ce n’est pas un défaut attribué au texte et cela ne remonte pas en 7.a. Cette sortie n’est autorisée que sous trois conditions cumulatives : un contrôle raisonnablement nécessaire a été tenté sans permettre de trancher, son résultat étant partiel ou infructueux au sens de 3.B, ou l’analyse déclare et justifie qu’aucun contrôle n’était accessible dans ses conditions d’exécution, au régime de zéro vérification prévu par 3.B ; l’information manquante pour trancher est nommée ; l’indétermination porte sur ce que l’analyse peut établir, non sur une décision que l’analyste aurait simplement laissée en suspens.
Lorsque l’élément est décisif et qu’un contrôle simple est possible, la tentative est obligatoire au titre de la règle 13. Une incertitude non instruite n’est donc pas une indétermination recevable.
À ne pas confondre cette
qualification n’est pas un synonyme de prudence, de doute ou de
désaccord de l’analyste. Elle suppose que la question ait été
effectivement instruite jusqu’à la limite des contrôles accessibles.
Elle est également distincte de non tranchable dans le
test de fidélité à une source primaire, qui porte sur ce que la
source disponible permet d’établir.
Voir aussi contrôle partiel · contrôle infructueux · règle 13 · absence d’éléments suffisants · non tranchable · objet de l’accessibilité
R Haut de page
recontextualisée
Sens commun participe du verbe recontextualiser, qui signifie replacer ou inscrire dans un autre contexte. ARGUS lui donne une qualification technique plus étroite lorsqu’une citation authentique est déplacée vers une scène qu’elle ne visait pas.
Dans ARGUS une citation est recontextualisée lorsqu’elle est authentique mais déplacée vers une scène d’énonciation qu’elle ne visait pas. En 3.B, pour chaque citation décisive, l’analyste ne vérifie donc pas seulement l’exactitude littérale des mots : il vérifie aussi que l’ouvrage, la date, la page et surtout le contexte d’énonciation correspondent à ce que le texte analysé leur fait dire. La recontextualisation est précisément un défaut qui peut résister à une vérification littérale, puisque les mots cités peuvent être exacts.
À ne pas confondre
recontextualisée et déplacé sont proches
mais ne sont pas synonymes. Recontextualisée qualifie
spécifiquement une citation authentique déplacée vers une
scène qu’elle ne visait pas. Déplacé
appartient au test de fidélité à une source primaire et couvre plus
largement des mots ou des données exacts rapportés au mauvais
référent, à la mauvaise comparaison, à la mauvaise période ou à une
autre scène.
Voir aussi contexte d’énonciation · citation décisive · déplacé · source primaire · vérification externe
référent
Sens établi en linguistique et en philosophie du langage, le référent est ce à quoi un signe ou une expression renvoie dans la réalité, dans un univers possible ou imaginaire, ou dans le contexte discursif selon la théorie considérée.
Dans ARGUS le référent est ce sur quoi porte effectivement une proposition donnée. Le contrôle de constance modale ne compare deux occurrences que si elles portent sur le même référent et gardent la même polarité ; il mesure alors seulement la variation du degré d’engagement. Si les deux occurrences portent réellement sur des référents ou des périmètres différents, une partition de portée peut exclure le défaut, mais cette différence doit être nommée et démontrée.
À ne pas confondre le référent n’est pas le périmètre d’analyse. Le périmètre dit quelles parties du document sont traitées sous ARGUS ; le référent dit de quoi parle une proposition. Et il ne suffit pas au texte d’affirmer que deux formulations visent des objets différents : cette distinction doit être établie pour faire jouer l’exclusion de partition de portée.
Voir aussi polarité · partition de portée · carte modale · constance modale · périmètre
régime des sections exclues
Sens commun un ensemble de règles sous lesquelles quelque chose fonctionne ou est traité.
Dans ARGUS le régime des sections exclues est la norme d’examen appliquée aux parties de l’objet qui ne sont pas traitées sous ARGUS. Il est déclaré avec le périmètre en 0.a bis. Le protocole en donne quatre : exactitude technique, cohérence interne, validité pédagogique, exactitude documentaire. Ce régime n’est pas ARGUS ; il doit être nommé pour que le lecteur sache qu’aucune partie n’a été écartée en silence.
À ne pas confondre une section hors périmètre n’est pas dispensée d’examen. Elle est examinée sous une autre norme et reste interne à l’objet déclaré.
Voir aussi périmètre · objet analysé · arrêt obligatoire
registre
Sens commun en linguistique, la variété de langue qu’un locuteur emploie selon la situation — soutenu, courant, familier. Le mot désigne aussi un livre où l’on consigne et une étendue vocale.
Dans ARGUS ARGUS emploie le registre pour comparer la langue effectivement utilisée au public auquel le texte prétend s’adresser ; la même exigence vaut pour l’analyse elle-même. En 3.G, le registre du texte analysé est confronté à son destinataire affiché : si le texte prétend parler à « tous », sa langue est-elle effectivement accessible à tous ? L’écart entre le « nous » proclamé et le registre effectif est une contradiction performative qui doit être relevée. En règle 19, l’analyse applique à sa propre prose les tests 3.C et 3.G. Deux interdits en découlent : ne pas employer d’éloge ou de blâme comparatif sur une classe de textes sans pouvoir l’établir, et retirer les termes à charge qui ne sont pas nécessaires au constat.
À ne pas confondre le registre n’est ni le style ni la qualité d’écriture. Il se mesure à l’accessibilité pour le destinataire que le texte se donne. Le protocole emploie par ailleurs le mot dans un troisième sens, le registre de restitution de l’annexe corpus.
Voir aussi lisibilité · contrat de lecture · contradiction performative
reproductibilité, représentativité
Sens établi la reproductibilité recouvre plusieurs notions selon le domaine : description assez précise pour répéter une méthode, obtention de résultats concordants lors d’une nouvelle exécution, ou possibilité pour des analystes indépendants de retrouver les mêmes résultats à partir des mêmes données. La représentativité désigne, en statistique d’enquête, la propriété d’un échantillon dont le mode de sélection permet de décrire ou d’inférer sur la population de référence ; elle caractérise l’échantillon dans son ensemble, non un individu isolé.
Dans ARGUS reproductibilité et représentativité sont deux exigences distinctes portant sur des opérations différentes. La reproductibilité concerne notamment les contrôles et les comptages. Pour les trois compteurs de 3.B, elle porte sur une même exécution : le découpage annoncé doit rester stable, chaque statut doit être justifié selon l’unité de contrôle, et le contrôle de cohérence de l’étape 8 doit retrouver les mêmes nombres ; une comparaison entre analyses indépendantes porte sur les propositions contrôlées et leurs résultats, non sur l’égalité brute des compteurs. Pour un comptage documentaire, le test G de l’annexe 4 exige que soient déclarés la base interrogée, la requête ou le critère de sélection, et l’unité de comptage ; si l’un des trois manque, le comptage n’établit rien de vérifiable. La représentativité intervient surtout dans l’analyse de corpus : avant une synthèse transversale, l’analyste demande si la sélection étudiée représente le phénomène dont on veut parler ou seulement un point de vue éditorial particulier, et si un corpus construit selon un autre critère pourrait conduire à une synthèse substantiellement différente. Si oui, cette différence doit être restituée comme limite de la synthèse, et non comme simple nuance de style.
À ne pas confondre une opération reproductible peut porter sur un échantillon non représentatif, et un corpus qui paraît représentatif peut être décrit trop vaguement pour qu’un tiers reproduise sa sélection ou son comptage. Les deux notions répondent donc à des questions différentes : « peut-on refaire l’opération ? » et « jusqu’où cette sélection permet-elle de généraliser ? ».
Voir aussi reproductibilité du comptage · annexe 4 · corpus · test de circularité de second ordre · sélection · représentativité du corpus
réserve finale
Sens commun une réserve est une restriction apportée à ce que l’on vient de dire, une prudence exprimée.
Dans ARGUS la réserve finale est l’un des quatre emplacements où une proposition portante peut apparaître ; ce n’est pas un degré d’engagement. Elle est relevée par la carte modale de l’étape 2 avec l’ouverture, le corps et la concession. Lorsqu’une même proposition, sur le même référent et à polarité constante, apparaît à plusieurs endroits sous des degrés différents, chaque occurrence est notée avec son emplacement ; le contrôle de constance modale de l’étape 6 dépend de ce relevé.
À ne pas confondre la réserve finale n’établit à elle seule aucune rétractation. Un degré faible en fin de texte peut relever de la modestie constante, de la révision assumée ou d’une partition de portée. Elle ne se confond pas non plus avec l’emploi ordinaire de « sous réserve » dans le protocole.
Voir aussi carte modale · concession · constance modale · pôle rétracté
rétractation déguisée
Sens commun expression descriptive possible en français : une rétractation peut être dissimulée ou présentée sous une autre forme. ARGUS lui fixe des critères procéduraux propres.
Dans ARGUS une rétractation déguisée apparaît lorsqu’un texte révise explicitement une proposition forte mais continue d’en tirer le même bénéfice dans sa conclusion. Le cas donné par le protocole est celui où une affirmation est reconnue comme « trop absolue » tandis que la conclusion ré-affirme la même force sous une formulation plus étroite, reformulée ou re-cadrée, notamment lorsque la recommandation ou la conclusion que l’affirmation forte soutenait survit intacte. Dans ce cas, l’exclusion de révision assumée ne joue pas et le contrôle de constance modale déclenche.
À ne pas confondre le terme ne qualifie pas une intention cachée de l’auteur. ARGUS constate une structure dans l’objet analysé : retrait du degré fort d’un côté, maintien de son bénéfice dans la conclusion de l’autre. L’histoire de fabrication ou la paternité de ce décalage ne doit pas être inférée. Lorsque la discontinuité est manifeste dans l’objet lui-même — par exemple entre une légende ou une image et le corps, ou dans un encadré stylistiquement discontinu — l’analyste peut toutefois ajouter une note purement descriptive localisant la contradiction, sans imputer aucune paternité ni intention. Près de la frontière avec la révision assumée, le verdict se donne à confiance signalée et appelle la relecture.
Voir aussi révision assumée · rétractation modale directionnelle · pôle fort, pôle rétracté · intention stratégique
rétractation modale directionnelle
Sens commun locution technique construite à partir de termes existants : rétractation, modal, directionnel. Aucun sens usuel unique ne correspond à la procédure ARGUS ; le protocole en fixe l’acception.
Dans ARGUS une rétractation modale directionnelle est établie lorsqu’une même proposition portante reçoit un degré d’engagement plus fort là où cette force fait le travail argumentatif, et un degré plus faible là où l’engagement fort aurait un coût. Le verdict suppose deux réponses positives au test de direction : le degré fort sert de prémisse, renforce la thèse ou charge un adversaire ; le degré faible apparaît dans un lieu de retrait, par exemple une divergence, une concession, une réserve finale ou une réponse à une objection. Les trois exclusions du contrôle doivent ensuite être écartées.
À ne pas confondre une rétractation modale n’est pas une contradiction logique. La polarité reste constante : le texte ne passe pas de P à ¬P, il affaiblit son engagement envers P. Elle ne se confond pas non plus avec une révision assumée, qui cesse effectivement de tirer bénéfice du degré fort.
Voir aussi constance modale · test de direction · pôle fort, pôle rétracté · révision assumée · rétractation déguisée · test de substitution
révision assumée
Sens commun expression descriptive courante possible : une révision peut être dite assumée lorsqu’elle est explicitement prise en charge. ARGUS transforme cette idée en exclusion technique précisément définie.
Dans ARGUS la révision assumée est la deuxième exclusion du contrôle de constance modale. Elle exige deux conditions cumulatives : l’auteur révise explicitement la proposition qu’il avait posée au degré fort, et il cesse effectivement de s’appuyer sur cette force pour conclure en ajustant sa conclusion. Avant d’accorder l’exclusion, l’analyste vérifie que la conclusion ne re-porte pas, mot pour mot ou sous une reformulation, la force du pôle fort.
À ne pas confondre reconnaître qu’une affirmation était trop forte ne suffit pas. Si la conclusion ou la recommandation qui dépendait du pôle fort survit intacte, l’exclusion ne s’applique pas : la structure est une rétractation déguisée et le contrôle déclenche.
Voir aussi constance modale · rétractation déguisée · pôle fort, pôle rétracté · partition de portée
rigueur déplacée
Sens commun expression métaphorique transparente : une rigueur peut être dite déplacée lorsqu’elle porte ailleurs que là où elle serait attendue. ARGUS fixe les conditions techniques de ce déplacement.
Dans ARGUS la rigueur déplacée désigne une précision documentaire concentrée sur les affirmations les plus faciles à vérifier pour le public cible identifié en 0.f et absente de celles qui portent réellement la thèse. En 3.K, l’analyste localise séparément les affirmations précisément référencées et les affirmations non référencées, puis compare ces localisations : la question n’est pas seulement de savoir si le texte comporte des références, mais où il place son effort probatoire.
À ne pas confondre un texte n’est pas en rigueur déplacée simplement parce que certaines affirmations sont plus sourcées que d’autres. Le défaut suppose que la précision se concentre là où elle coûte peu ou porte peu la conclusion, tandis que la précision documentaire est absente des affirmations qui portent la thèse. C’est une distribution de la rigueur, pas un simple manque global de sources.
Voir aussi norme de preuve · audit des sources · affirmation portante · 3.K · degré de fermeture interprétative
S Haut de page
seuil
Sens commun la pierre au bas d’une porte, l’entrée d’un lieu ; au figuré, la valeur à partir de laquelle un phénomène change de nature.
Dans ARGUS un seuil est la limite entre deux niveaux de l’échelle du degré de fermeture interprétative ; ARGUS formule cette limite sous la forme d’une question, et elle ne se déduit jamais d’un nombre cumulé de défauts. Chaque passage d’un niveau de 7.c au suivant répond à une question de seuil distincte. Une hésitation entre deux niveaux se tranche par cette question, jamais par une moyenne. Dans la restitution de 7.c, l’analyste doit en outre motiver explicitement le seuil supérieur : dire pourquoi le texte le franchit ou pourquoi il ne le franchit pas. Le mot sert aussi, hors de cette échelle, au seuil de pertinence forte du test d’applicabilité et à la borne d’une dizaine de contrôles externes de 3.B.
À ne pas confondre un seuil n’est pas un compte, et le franchir n’est pas cumuler. Il n’est pas non plus une porte : les deux portes de 3.E sont des filtres successifs appliqués dans un ordre imposé, non deux graduations d’une même échelle.
Voir aussi degré de fermeture interprétative · niveau · première / seconde porte · pertinence
signifiant vide
Origine concept développé par
Ernesto Laclau au milieu des années 1990, notamment dans « Why Do
Empty Signifiers Matter to Politics? », repris dans
Emancipation(s) (1996). Sa généalogie théorique passe par
la théorie structurale et post-structurale du signifiant ; la
littérature rapproche notamment l’empty signifier de
Laclau du floating signifier formulé auparavant par
Claude Lévi-Strauss, tout en soulignant que Laclau distingue les
deux notions.
Sens établi dans la théorie du discours d’Ernesto Laclau, un signifiant vide est un signifiant particulier dont le contenu particulier s’efface suffisamment pour qu’il puisse représenter une totalité absente ou articuler une chaîne de demandes hétérogènes. Il se distingue du signifiant flottant, dont le sens demeure disputé entre plusieurs fixations concurrentes.
Dans ARGUS un signifiant vide est un terme dont la puissance rhétorique et politique vient de l’absence de contenu sémantique stable, ce qui permet à des interprétations hétérogènes, voire contradictoires, de s’y projeter. ARGUS s’intéresse surtout aux signifiants vides stratégiques, c’est-à-dire à ceux dont le flou remplit une fonction argumentative identifiable : fédérer des publics différents, éviter une réfutation, produire un effet d’évidence ou d’urgence, ou disqualifier un adversaire. L’annexe 2 ne s’active pas parce qu’un terme est seulement vague : son test de frontière doit montrer que la conclusion varie selon la délimitation retenue du terme décisif.
À ne pas confondre un signifiant vide n’est pas une simple imprécision de langage. Le protocole distingue le terme vague sans fonction stratégique du terme dont le flou porte l’argumentation. Et un mot n’est pas « vide » par nature : le statut vide, plein ou mixte qualifie son usage dans le texte examiné.
Voir aussi plein, vide, mixte · test de frontière · falsifiabilité · cadrage · annexe 2
simple point de faiblesse
Sens commun expression évaluative ordinaire possible. ARGUS lui donne un statut procédural précis parmi les sorties de la première porte.
Dans ARGUS une absence est qualifiée de simple point de faiblesse lorsque l’information existait à la date de publication mais n’était pas aisément accessible. Le texte est alors plus faible sans elle, mais le protocole interdit d’en déduire une sélection stratégique : l’accessibilité exigée par la première porte n’est pas établie.
À ne pas confondre
simple ne signifie pas négligeable, et
faiblesse ne signifie pas omission stratégique
atténuée. La qualification répond à une configuration différente :
l’information existait, mais les conditions permettant d’imputer sa
non-présence comme sélection stratégique ne sont pas réunies.
Voir aussi omission stratégique · absence non imputable · objet de l’accessibilité · première porte, seconde porte
sophisme
Sens établi en logique et en argumentation, un sophisme est un raisonnement défectueux qui peut prendre l’apparence d’un raisonnement valable ou persuasif.
Dans ARGUS le protocole emploie sophisme dans son sens argumentatif sans en donner ici une définition générale. En 3.I, il qualifie explicitement de sophisme le fait de présenter l’absence de contradictoire dans un échantillon choisi comme une preuve de validité. Le point de contrôle d’activation de l’annexe 2, placé en fin d’étape 2, emploie aussi « sophisme » comme exemple d’un terme qui peut rester vague sans devenir stratégique : si deux délimitations compatibles du terme ne changent aucune conclusion du texte, le test de frontière est négatif et l’annexe ne s’active pas pour ce seul motif.
À ne pas confondre le simple emploi d’un terme vague n’est pas, par lui-même, un sophisme ni un signifiant vide stratégique. Dans ARGUS, la qualification porte sur l’opération argumentative effectivement constatée et sur ses effets, pas sur la seule présence d’une étiquette.
Voir aussi validité logique · signifiant vide · test de frontière · circularité informationnelle
source fournie, source primaire
Sens commun une source fournie est celle qu’on vous a donnée. Une source primaire est un document de première main, par opposition à ce qui le commente.
Dans ARGUS source fournie dit comment une pièce est arrivée dans l’analyse ; source primaire dit quel rapport elle entretient avec ce dont parle le texte. L’une n’implique pas l’autre. Source fournie est une valeur du mode d’accès en 3.B. Source primaire désigne la source à laquelle le texte analysé se rapporte, et son identification conditionne le test de fidélité. Le caractère primaire, officiel, contemporain ou directement pertinent d’une pièce fournie ne suffit pas à activer ce test : le texte doit lui-même se rapporter à cette source — la citer, la nommer, la résumer, la commenter ou la critiquer — ou l’analyse doit pouvoir établir que l’affirmation contrôlée en reprend le contenu. Une simple concordance de sujet, de date, de formulation ou de chiffre ne suffit pas ; à défaut, la pièce reste une vérification externe ordinaire.
À ne pas confondre une source peut être fournie sans être primaire pour le texte analysé, et primaire sans avoir été fournie par l’utilisateur.
Voir aussi mode d’accès · test de fidélité · vérification externe
T Haut de page
taux de base
Origine dans l’emploi statistique et probabiliste visé ici, taux de base correspond à l’anglais base rate et désigne une fréquence ou probabilité a priori. La littérature francophone de psychologie du jugement emploie notamment l’expression négligence du taux de base. Le syntagme français existe aussi dans d’autres domaines, notamment la banque, avec des sens différents ; son sens ARGUS est donc fixé par le contexte statistique de l’annexe 4.
Sens établi en statistique et en raisonnement bayésien, un taux de base est la fréquence ou la prévalence d’un événement, d’un état ou d’une catégorie dans la population de référence avant de tenir compte d’une information particulière.
Dans ARGUS le taux de base est la prévalence qu’il faut connaître pour interpréter correctement une affirmation de détection, de dépistage, d’attribution ou de profilage. Le test D de l’annexe 4 demande si cette prévalence est donnée. Un taux de détection très élevé ne suffit pas, à lui seul, à établir la probabilité qu’un individu désigné appartienne réellement à la catégorie recherchée ; sans taux de base, le protocole considère le taux de détection comme inexploitable. Ce contrôle est appliqué systématiquement aux textes traitant notamment de sécurité, de santé ou de fraude.
À ne pas confondre le taux de base n’est pas le taux de détection. Le premier décrit la fréquence préalable du phénomène dans la population ; le second décrit la performance d’un dispositif ou d’un critère de détection. Une précision élevée annoncée pour ce dernier ne remplace pas la prévalence manquante.
Voir aussi annexe 4 · dénominateur · prévalence · contrôle arithmétique et statistique · zététique
téléologie
Sens établi en philosophie, la téléologie est l’étude ou la doctrine des fins et de la finalité. Une explication téléologique rend compte d’un phénomène en référence à une fin, une fonction ou un but qui lui est attribué.
Dans ARGUS ARGUS n’emploie téléologie qu’au sein du contrôle de constance modale, comme exemple d’un plan sur lequel une proposition forte peut être posée avant d’être affaiblie sur un autre plan. Le protocole vise notamment la rétractation déguisée en glissement de cadre : une proposition affirmée fortement sur le plan de la téléologie, de la tendance ou de l’intention peut ensuite être affaiblie sur le plan du contenu ou du fait présent. Le terme ne désigne donc pas un test autonome d’ARGUS.
À ne pas confondre la présence d’un raisonnement téléologique n’est pas, en elle-même, un défaut ARGUS. Le défaut apparaît seulement si le changement de plan sert à conserver le bénéfice d’une proposition forte tout en en retirant le coût probatoire, dans les conditions du contrôle de constance modale.
Voir aussi constance modale · rétractation modale · glissement de cadre · intention · tendance
test de définition, test de frontière
Sens commun test de définition et test de frontière peuvent être employés descriptivement dans différents domaines. Leur réunion en un couple de contrôle des termes décisifs et leurs conditions d’activation sont propres à ARGUS.
Dans ARGUS les deux tests déterminent l’activation de l’annexe 2 sur les termes décisifs de la thèse centrale. Le test de définition est positif lorsque le texte ne fournit ni définition, ni critère d’application, ni énumération permettant de savoir ce que le terme recouvre. Le test de frontière compare deux délimitations du même terme, l’une restrictive et l’autre extensive, toutes deux compatibles avec l’usage qu’en fait le texte ; il est positif si la conclusion tient sous l’une des deux délimitations et tombe sous l’autre. Convention propre à ARGUS : un test est dit positif lorsqu’il révèle le défaut recherché, et non lorsque le texte satisfait à l’exigence.
À ne pas confondre l’absence de définition ne suffit pas à activer l’annexe 2 si la frontière du terme ne porte pas la conclusion. Inversement, un terme défini peut tout de même déclencher l’annexe si sa délimitation change l’issue argumentative.
Voir aussi signifiant vide · plein, vide, mixte · test de substitution · annexe 2
test de direction
Sens commun la locution peut désigner, selon les domaines, un essai portant sur une direction ou un dispositif de direction. Elle n’a pas de sens commun univoque ; ARGUS l’emploie comme nom propre d’un test argumentatif.
Dans ARGUS le test de direction
est le test en deux questions qui détermine si une variation de
degré d’engagement constitue une rétractation modale directionnelle.
Première question : le degré fort est-il celui sous lequel la
proposition accomplit le travail argumentatif — prémisse,
renforcement de la thèse ou charge contre un adversaire ? Deuxième
question : le degré faible — suspendu ou hypothétique, ou
repli vers probable depuis
l’assertorique — apparaît-il là où maintenir le degré fort
aurait un coût — divergence, concession, réserve finale ou réponse à
une objection ? Deux « oui » déclenchent le verdict, sous réserve
des trois exclusions.
À ne pas confondre le test de direction n’est pas un comptage d’occurrences et ne conclut pas à partir du seul ordre chronologique des formulations. Il porte sur la fonction argumentative respective des deux degrés et sur le lieu où l’affaiblissement intervient.
Voir aussi rétractation modale directionnelle · constance modale · pôle fort, pôle rétracté · modestie constante · révision assumée · partition de portée
test de substitution
Sens commun terme déjà établi en linguistique, grammaire et éducation pour diverses procédures où un élément est remplacé par un autre. Le test de substitution ARGUS est une procédure différente : il corrige mentalement un défaut pour en mesurer la gravité en 7.a.
Dans ARGUS le test de substitution mesure la gravité d’un défaut en construisant la version minimale du texte où ce défaut est corrigé, sans ajouter d’argument étranger. L’analyste retire une affirmation injustifiée, rétablit une information omise, remplace une affirmation déformée par sa version correcte ou répare un saut logique, puis demande si la conclusion centrale peut encore être maintenue sans changement de nature de sa prétention. Si elle ne le peut plus, le défaut est rédhibitoire ; si elle subsiste avec une prétention nettement affaiblie, il est majeur ; si elle reste inchangée, il est mineur.
À ne pas confondre le test de substitution ARGUS n’est ni le test grammatical de substituabilité ni le test éducatif portant le même nom. Il n’autorise pas non plus une réécriture optimale du texte par l’analyste. La correction doit être minimale et liée au défaut constaté. Lorsqu’une valeur quantitative correcte est établie, la correction minimale est son remplacement ; lorsqu’elle ne l’est pas, la proposition est retirée plutôt que remplacée par une estimation inventée.
Voir aussi contre-factuel · rédhibitoire, majeur, mineur · omission structurante · rétractation modale directionnelle
V Haut de page
vérification externe
Sens commun un contrôle effectué par quelqu’un ou quelque chose d’extérieur à ce qui est contrôlé.
Dans ARGUS une vérification est externe lorsqu’elle sort de l’objet analysé, même si la source était déjà fournie ; elle ne devient pas externe simplement parce qu’elle vient d’Internet. Une pièce jointe fournie avec l’article est externe au texte analysé même si elle n’a demandé aucune recherche ; à l’inverse, une section du même objet reste interne même si elle est hors périmètre. La vérification n’est comptabilisée que si l’analyse fournit la source effectivement consultée sous une forme qui permet à un tiers de la retrouver. Une connaissance mémorisée par le modèle n’en est pas une, même exacte. Employé seul, « nombre de vérifications externes » désigne les seuls contrôles aboutis. La vérification devient obligatoire lorsqu’un élément est décisif et qu’un contrôle simple permettrait de l’établir ; elle reste bornée à ces éléments et ne se substitue pas à l’examen interne. Au-delà d’une dizaine de contrôles pour un même objet analysé, l’analyse signale que l’exercice tend vers la vérification factuelle ; ce seuil est un signal de proportionnalité, non une dispense de la règle 13.
À ne pas confondre externe qualifie la relation à l’objet analysé, pas le canal technique d’accès.
Voir aussi objet analysé · mode d’accès · contrôle · source fournie
Z Haut de page
zététique
Origine emprunt au grec zētētikós, « qui cherche, qui examine », dérivé de zēteîn, « chercher ». Le terme est ancien en français et a désigné notamment une attitude de recherche sceptique ainsi qu’une méthode mathématique. Dans l’usage francophone contemporain de l’esprit critique, il a été réinvesti par le mouvement zététique, notamment autour d’Henri Broch. ARGUS se rattache explicitement à cette tradition sceptique et zététique pour son annexe 4.
Sens établi historiquement, zététique qualifie ce qui procède par recherche et examen et a notamment été employé dans des contextes sceptiques et mathématiques. Dans son usage francophone contemporain lié à l’esprit critique, la zététique désigne une démarche d’enquête et de mise à l’épreuve des affirmations par la preuve, la vérification et l’examen du raisonnement, particulièrement face aux prétentions extraordinaires ou fragiles.
Dans ARGUS zététique est un terme de filiation, non le nom d’une étape du protocole. ARGUS situe une partie de son contrôle arithmétique et statistique dans cette tradition, en particulier les tests d’ordre de grandeur et de taux de base de l’annexe 4. Le protocole distingue ensuite ce qu’il reprend de cette tradition de ce qu’il ajoute lui-même.
À ne pas confondre ARGUS n’est pas présenté comme une simple application de la zététique, et l’étiquette ne dispense d’aucune opération du protocole. Elle décrit une filiation méthodologique partielle, pas un régime d’analyse concurrent ou un verdict sur le texte.
Voir aussi ordre de grandeur · taux de base · annexe 4 · autodéfense intellectuelle · filiation et apport propre